29/12/2005: Ne pas banaliser l’antisémitisme de Céline.

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From: Luis Gonzalez-Mestres
Sent: Thursday, December 29, 2005 8:33 PM
Subject: [antiexploitation] POUR MEMOIRE: Citations du fasciste Céline



Ne pas banaliser l’antisémitisme de Céline.


On rencontre paradoxalement, dans des milieux qui se disent progressistes, des admirateurs de Céline, et c’est à tomber assis. Cet individu aurait dû être condamné à mort à la Libération, tellement sa responsabilité dans le soutien publicitaire aux fascistes les plus extrémistes et à leurs méfaits les plus graves, dans l’incitation au pire… fut lourde. Voici quelques-unes de ses citations, tirées de:

http://perso.wanadoo.fr/d-d.natanson/celine.htm

 
« Les 15 millions de juifs enculeront les 500 millions d’Aryens. »
Bagatelles pour un massacre
, 1937, p.127.

 « Personnellement je trouve Hitler, Franco, Mussolini fabuleusement débonnaires, admirablement magnanimes, infiniment trop à mon sens, pacifistes bêlants pour tout dire, à 250 prix Nobel, hors concours, par acclamations ! Ça durera peut-être pas toujours. Les glaves ça retombe quelquefois. »
 L’École des cadavres, 1938, p.62

 » Racisme d’abord ! Racisme avant tout ! […] Désinfection ! Nettoyage ! Une seule race en France : l’Aryenne. […] Trois groupes aryens ! Les Alpins (les plus nombreux), les Nordiques, les Méditerranéens : Aryens tous ! Et c’est marre, et c’est tout. »
L’École des cadavres, 1938

  » Nous nous débarrasserons des Juifs, ou bien nous crèverons des juifs, par guerres, hybridations burlesques, négrifications mortelles. Le problème racial domine, efface et oblitère tous les autres. »
L’École des cadavres, 1938

 » Distinction entre les bons Juifs et le mauvais Juifs ? Ça rime à rien. Les Juifs possibles, patriotes, et les Juifs impossibles, pas patriotes ? Rigolade ! Séparer l’ivraie du bon grain. […] Le chirurgien fait-il la distinction entre les bons et les mauvais microbes ? »
L’École des cadavres, 1938

« Je ne suis pas un auteur que sa « vente » tracasse beaucoup […]. Mais en visitant votre exposition j’ai été tout de même frappé et un peu peiné de voir qu’à la librairie ni Bagatelles ni L’Ecole ne figurent alors qu’on y pavoise une nuée de petits salsifis, avortons forcés de la 14e heure, cheveux sur la soupe. Je ne me plains pas – je ne me plains jamais pour raisons matérielles – mais je constate là encore hélas – la carence effroyable (en ce lieu si sensible) d’intelligence et de solidarité aryenne – démonstration jusqu’à l’absurde pour ainsi dire »
Lettre de Céline au capitaine Sézille

(agitateur antisémite, secrétaire général de l’Institut d’étude des questions juives, organisateur de l’exposition « Le Juif et la France »),
21 octobre 1941

« Vinaigre ! Luxez le juif au poteau ! Y a plus une seconde à perdre »
« Bouffer du juif, ça suffit pas, je le dis bien, ça tourne en rond, en rigolade, une façon de battre du tambour si on saisit pas leurs ficelles, qu’on les étrangle pas avec. Voilà le travail, voilà l’homme. Tout le reste c’est du rabâchis, ça vous écœure tous les journaux dits farouchement antisémites »
« Volatiliser sa juiverie serait l’affaire d’une semaine pour une nation bien décidée. »
Les Beaux Draps, 1941

Le 7 décembre 1941, Ernst Jünger, alors capitaine de l’état-major de l’armée allemande à Paris, rencontre Céline à l’Institut allemand. Il note dans son journal :
« Il [Céline] dit combien il est surpris, stupéfait, que nous, soldats, nous ne fusillions pas, ne pendions pas, n’exterminions pas les Juifs – il est stupéfait que quelqu’un disposant d’une baïonnette n’en fasse pas un usage illimité. « Si les Bolcheviks étaient à Paris, ils vous feraient voir comment on s’y prend ; ils vous montreraient comment on épure la population, quartier par quartier, maison par maison. Si je portais la baïonnette, je saurais ce que j’ai à faire » ».


Voici comment l’historien Robert Soucy, professeur émérite à Obelin College (Ohio, Etats-Unis), analyse l’antisémitisme de Céline :
     
 Après 1936, [Céline] écrivit trois ouvrages antisémites qui, eux, n’ont pas droit à des critiques dithyrambiques : Bagatelles pour un massacre (1937), L’Ecole des cadavres (1938) et Les Beaux Draps (1941). Ils mettent en lumière son admiration pour l’Allemagne nazie et, en outre, son attachement à un grand nombre d’idées que les fascistes français propageaient depuis 1924, y compris un réalisme « viril » qui fulmine contre le marxisme, le libéralisme, la franc-maçonnerie, la démocratie, le matérialisme, l’hédonisme, le rationalisme et le féminisme.
     Dan son cas, ces opinions s’accompagnent d’un antisémitisme de bas étage des plus haineux, même s’il s’exprime d’une manière très moderne. Selon Céline, les Juifs ne se bornent pas à dominer la france sur les plans politiques, économique, social et culturel ;  ils constituent en plus une menace sur le plan sexuel, et plus précisément homosexuel. Selon Céline, les Juifs sont des « enculés » qui prennent de force les Aryens par derrière. Se montrer docile avec les Juifs, c’est courir le risque de se faire violer par eux.
     On trouve un thème récurrent dans ces trois écrits : les Juifs pratiquent une forme d’antisémitisme à l’envers, ils veulent dominer, maltraiter et exterminer d’innocents Aryens. Ainsi, il laisse entendre qu’en se défendant contre de tels monstres les Aryens n’ont nul besoin de se sentir coupables de réagir comme eux. L’antisémitisme est de l’autodéfense et non une agression injustifiée.
     L’antisémitisme semble avoir procuré un exutoire pour cette rage qui bouillait en lui et à laquelle il laissa libre cours dans ces opuscules, rage qui ne s’en prenait pas exclusivement aux Juifs, mais aussi aux communistes, aux socialistes, aux libéraux, aux démocrates, aux francs-maçons, aux prolétaires, aux noirs, aux femmes, aux homosexuels, aux catholiques, aux Anglais, aux Français, aux Américains, aux Arabes… Certes les Juifs étaient sa cible de prédilection, mais, à certains moments, on a l’impression qu’il aurait pu prendre n’importe qui comme bouc émissaire.
     Il accuse le communsime d’être un des pires maux des temps modernes. Il le rattache à la « conspiration juive internationale » décrite dans Les Protocoles des sages de Sion (livre qui est un faux). A son retour d’un voyage en Union Soviétque en 1937, il écrivit ceci : « Le Russe est un geôlier-né, un Chinois raté, tortionnaire. Le Juif l’encadre parfaitement. Rebut d’Asie, rebut d’Afrique. […] Ils sont faits pour se marier. » […] Ensemble, les communistes et les Juifs ont « drogué » le prolétariat afin d’aiguiser sa haine et sa cupidité. […]
     Dans son esprit, les marxistes et les libéraux sont les traîtres par excellence, mais derrière eux, orchestrant leurs activités, on trouve toujours les Juifs. Les frans-maçons sont les « chiens volontaires des Juifs, goinfresses en toutes poubelles, en tous déchets juifs » ; « Les Juifs sont nos maîtres : ici, là-bas en Russie, en Angleterre, en Amérique, partout ! » Les Juif
s infiltrent les mouvements révolutionnaires, accordent le droit de vote aux ignorants, empoisonnent les relations entre la main d’oeuvre et le patronat, contraignent les riches à s’endetter, multiplient les crises économiques, réduisent les nations à l’esclavage, engendrent la faim et les privations. Les Juifs contrôlent tous les leviers essentiels du pouvoir. Tous les trusts français, tous les journaux français, toutes les banques françaises appartiennent aux Juifs. Il n’y a que le travail qui soit aryen. La Sorbonne est devenue un ghetto, une « synagogue en surpression« , tandis que l’art, qui ne devrait être « rien que Race et Patrie », est aussi sous la coupe des Juifs.
     Selon lui, Joseph Staline, Franklin Roosevelt ( « Rosenfeld« ), Neville Chamberlain et même le pape (qui s’appelle en réalité « Isaac Ratisch« ) sont tous juifs. Il déclara en 1937 que les Juifs essayaient d’entraîner la France dans une guerre contre l’Allemagne : « Que veulent-ils, les Juifs, derrière leur baragouin socialistico-communiste ? […] Qu’on aille se faire buter pour eux. […] Qu’on aille, nous, faire les guignols devant les mitrailleuses d’Hitler. Pas autre chose ! » « Toutes les guerres, toutes les révolutions ne sont en définitive que des pogroms d’Aryens organisés par les Juifs. » Prétendre que les Allemands détestent Hitler, que le racisme est de la sauvagerie, qu’une « bonne guerre » contre l’Allemagne profiterait à la France, c’est avaler la propagande de la « grande enculerie française maçonnico-talmudique ».
     Il explique que les Juifs sont des sodomites brutaux, des fornicateurs sans retenue, « hybrides afro-asiatiques, un quart ou à moitié nègres et métèques ». « Les Juifs, racialement, sont des monstres, des hybrides loupés, tiraillés, qui doivent disparaître. […] Le Juif n’a jamais été persécuté par les Aryens. Il s’est persécuté lui-même. Il est le damné de sa propre substance, des tiraillements de viande d’hybride. […]  Les Youtres c’est comme les punaises.
[…] Quand t’en prends une seule dans un plume, c’est qu’elles sont dix mille à l’étage ! Un million dans toute la crèche. […] Ohé ! Oyez la Juiverie ! […] Je vous entend branler ! fouiller ! foutriquer vos poubelles ! […] Plus vils que le banc des rhinos dans la fiente en panique ! » Il juge l’antisémitisme de l’Action Française trop tiède, trop « feutré », trop littéraire : « Si vous voulez dératiser un navire, dépunaiser votre maison, vous n’allez pas dératiser à demi, dépunaiser seulement votre premier étage ? Vous seriez certains d’être envahis dans un mois, par dix fois plus de rats, vingt fois plus de punaises. »
     Ses envolées contre les Juifs expriment beaucoup de craintes et aussi une jalousie de nature sexuelle. D’après lui, les Aryens sont souvent violés par des Juifs dominateurs ; quant aux Aryennes, elles trouvent les Juifs particulièrement attirants. Les Juifs exercent la même fascination sexuelle sur les femmes que les Noirs : « La femme est une traîtresse chienne née.
[…] La femme, surtout la Française, raffole des crépus, des Abyssins, ils vous ont des bites surprenantes. ». Ainsi, dans l’univers mental de Céline, la misogynie et le racisme se renforcent mutuellement. […]
     Une des grandes caractéristiques de la pensée de Céline est sa fierté d’être un réaliste dur, son mépris pour tout ce qui a un relent d’hypocrisie victorienne, de sensibilité humanitaire ou de tendresse libérale.
[…] Céline présente son antisémitisme comme une forme de bravoure personnelle, une preuve qu’il a plus de « couilles » que la plupart des écrivains de son temps. Ce genre de virilité est caractéristique des fascistes : elle ne tient pas compte de la douleur qu’elle inflige, ou qu’elle espère infliger aux victimes. Pour Céline, la compassion est faiblesse et la brutalité est force. Etre faible, c’est courir le risque de se faire sodomiser par le Juif ou d’être réduit en esclavage par le marxiste. […]

Robert Soucy,
Fascismes français ? 1933-1939, Mouvements antidémocratiques
,
Collection Mémoires, Editions Autrement, 2004,
pp 415-420


A propos Romain de Courcelles

militant communiste courcellois a/conseiller communal proche du PTB
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