Belgique : Deux sondages et plein de questions

Belgique : Deux sondages et plein de questions

Jean Peltier 25 novembre 2013

Belgique : Deux sondages et plein de questions

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Tout le monde le sait : une hirondelle ne fait pas le printemps. Et deux sondages préélectoraux ne font pas une élection. Mais, à six mois de la méga-élection de mai 2014, les deux sondages que viennent de publier successivement Le Soir et la Libre dessinent des tendances à prendre au sérieux.

Rappelons d’abord le contexte dans lequel débarquent ces sondages qui ont été réalisés à la mi-novembre.

Di Rupo sur son petit nuage

Tout semble rouler pour le gouvernement Di Rupo qui a réussi à engranger ces derniers mois des accords sur une série de questions difficiles : les derniers fignolages d’application de l’accord sur la scission de BHV, l’unification du statut des ouvriers et des employés, le plafonnement des salaires des grands patrons des entreprises publiques, les corrections plus ou moins indolores au budget 2103,… Le tout sur fond d’une croissance économique qui repasse tout doucement au dessus de zéro et d’une Bourse qui caracole dans les hautes sphères.

Si on y ajoute la transition royale réussie entre Albert et Philippe et la qualification des Diables Rouges pour le Brésil, on a tous les ingrédients de la formidable campagne médiatique du type « rouleau compresseur » qui a marqué tout l’été et la rentrée sur le double thème « La Belgique repart » et « Elio Di Rupo superstar ». On a certes évité « Elio marche sur l’eau » et « Di Rupo ramène Lazare à la vie » mais ce fut de justesse.

Il n’y a qu’un petit bémol à ce tableau idyllique, dans lequel il se trouve même une presque majorité de Flamands pour accepter l’idée d’un gouvernement Di Rupo 2 après les élections de mai. C’est que ce tableau rose bonbon est complètement contredit par l’expérience quotidienne des travailleurs salariés, des chômeurs, des agriculteurs, des petits commerçants, des fonctionnaires de base, des pensionnés et autres consommateurs pour qui la sortie annoncée de la crise se situe bien au-delà d’un horizon qui reste bordé aujourd’hui par la peur des licenciements, le stress au travail, les fins de mois difficiles et une consommation d’antidépresseurs en plein boum.

Le premier intérêt de ces sondages était donc bien là : les gens se retrouvent-ils dans cette vague d’enthousiasme programmée et servie en boucle depuis des mois ou restent-ils dans une morosité prononcée ? La réponse est sans équivoque : le barnum médiatique n’a guère eu d’effet.

Le premier enseignement des sondages est en effet frappant. Il n’y a quasiment pas de changement dans les rapports de forces entre partis. Et surtout les quatre grandes familles traditionnelles – qui, toutes sont associées au pouvoir (les socialistes et les chrétiens partout, les libéraux au fédéral, les écolos en Wallonie et à Bruxelles) – sont à la peine dans les trois régions du pays.

Par rapport aux derniers baromètres réalisés il y a trois mois par les mêmes instituts pour les mêmes journaux, les fluctuations sont très limitées. Par rapport aux dernières élections fédérales de juin 2010, le contraste est plus net.

PS sur le toboggan et N-VA sur la balance

En Wallonie, le PS tourne autour de 30% alors qu’il avait obtenu 37,6% il y a trois ans. Dégringolade sans appel : 20% des électeurs du PS se détournent aujourd’hui de lui sous l’effet non seulement de la crise et du chômage mais surtout du fait que le PS mène au gouvernement une politique qui, sans avoir ravagé la sécurité sociale, fait quand même porter l’essentiel des coups sur les travailleurs (blocage des salaires, non remplacement généralisé des fonctionnaires partant à la pension,…) et les chômeurs (dégressivité des allocations, exclusion de dizaines de milliers de jeunes début 2015,…).

Plus étonnant est le fait que le bon vieux mécanisme qui fait que le déclin de la gauche profite à la droite et vice versa semble s’enrayer. Le MR stagne autour des 22%, contre 23,4% en 2010.

Quant aux deux formations associées (pour ne pas dire satellisées) par le PS au sein des divers gouvernements de l’Olivier, elles semblent perdre quelques plumes – le CDH à 13% au lieu de 14,6 et Ecolo à 11% au lieu de 12,3%.

Mais alors où passent tous ces pour-cents qui s’évaporent des scores des partis de gouvernement ? Vers les petites formations. Mais leur dispersion et le seuil électoral (fixé à 5% pour un premier élu) ne permettront certainement pas à la plupart d’entre elles d’entrer dans un Parlement, qu’il soit régional ou fédéral : le FDF reste à 3% et le Rassemblement Wallonie-France en-dessous de 2%. A gauche, le PTB est à 4% (deux fois plus qu’en 2012) et pourrait faire son entrée à la fois au parlement wallon et au fédéral. Le Mouvement de Gauche est annoncé par Le Soir à 1% mais son avenir est de moins en moins assuré après l’inculpation de Wesphael.

C’est à l’extrême-droite que la compétition est la plus dure. Mais c’est là aussi que se dessine le point noir le plus inquiétant. Si on en croit le sondage de La Libre, le Parti Populaire serait à 4%, Wallonie d’abord à 3% et enfin La Droite à 3% aussi. L’extrême-droite d’aujourd’hui – qui se veut plus présentable – ne semble heureusement pas avoir retenu grand’chose de l’expérience des scissions et excommunications à répétition de l’époque du Front National, ce qui devrait continuer à l’empêcher de jouer un rôle politique dans les prochains temps. Mais ce sondage montre que son potentiel électoral, toutes tendances confondues, tourne aujourd’hui autour de 10%.

A Bruxelles, la situation est un peu différente – et surtout les deux sondages donnent ici une vision très contradictoire. Pour rappel, aux élections de 2010, le PS avait obtenu un très léger avantage sur le MR (27,3% contre 26,6%). Aujourd’hui PS et MR font toujours la course en tête mais Le Soir donne 8 points d’avance au PS avec 30% sur le MR à 22% tandis que La Libre place le MR en tête à 22,6% et le PS à la traîne avec 20,8% ! Par contre, derrière eux, CDH, Ecolo et FDF se tiennent dans un mouchoir de poche entre 10 et 13%.

En Flandre, le tableau est évidemment fort différent. D’une part, la NV-A serait à 31%, soit mieux qu’aux élections de 2010 (28,4%) mais bien en dessous des 37% que les sondages lui donnaient il y a un an et demi. Si les trois partis traditionnels ont repris un peu de poil de la bête ces derniers mois, ils restent quand même à la ramasse face à la N-VA : les chrétiens du CD&V à17,5%, les libéraux du VLD et les socialistes du Sp.a chacun autour de 13% et les écolos de Groen à 8%. Le PTB serait entre 2 et 3% et, plus réjouissant, le Vlaams Belang continuerait à baisser, se retrouvant un peu en-dessous de 10%.

Arithmétique, politique…

Que peut-on retirer de cette avalanche de chiffres ?

Du côté francophone, le PS commence à craindre le PTB qui lui mord les mollets, en particulier dans les grandes villes industrielles, tandis que le MR ne peut accepter de gaieté de cœur de voir son électorat sérieusement entamé sur sa droite par le PP et quelques autres formations plus ou moins fantaisistes.

Résultat prévisible : chacun va d’abord essayer de colmater les brèches dans son propre camp. On va donc se diriger vers un affrontement de coqs du plus bel effet entre un Magnette durcissant le ton à gauche et un Michel musclant son discours à droite. Ce qui risque d’être du plus haut comique (et d’atteindre au passage des sommets inégalés d’hypocrisie), vu que PS et MR ont gouverné ensemble au fédéral depuis plus de deux ans, qu’ils s’apprêtent à prolonger le bail après les élections et qu’il est même possible que PS et MR concluent ensemble un accord pour se partager le pouvoir au niveau régional en Wallonie et à Bruxelles.

Mais ce n’est là qu’un aspect du problème. L’autre aspect porte un nom bien connu : N-VA ! Et là, tout se complique sérieusement.

Tout d’abord, parce qu’au delà des intentions de vote, il y a l’influence politique des partis. Le sondage du Soir montre que 59% des Flamands soutiennent le modèle de confédéralisme proposé par la NV-A (qui rétrécirait les compétences exercées au niveau fédéral belge à pas grand chose , en attendant l’évaporation pure et simple de ce reste de Belgique au sein de l’Union européenne). 55% sont pour la scission de la sécurité sociale. Et 54% approuvent l’idée de « demander » à chaque Bruxellois de choisir entre une appartenance à la Wallonie ou à la Flandre.

Bref, 30% de Flamands s’apprêtent à voter pour la NV-A et 25% d’autres, sans vouloir (actuellement) voter pour elle, se reconnaissent néanmoins dans son projet (ce qui, en plus des électeurs du Vlaams Belang, représente à peu près la moitié de l’électorat combiné des partis chrétiens et libéraux flamands). Par contre, plus de 80% des francophones refusent ces propositions.

Cerise sur le gâteau, 56% des Flamands pensent que, si la NV-A reste le plus grand parti en Flandre après les élections (une hypothèse du type « si la Terre continue à tourner autour du Soleil »), elle doit faire partie du prochain gouvernement fédéral. Il n’y a par contre que 18% de francophones pour se résigner aujourd’hui à cette perspective.

En temps normal (si le mot a encore un sens en Belgique), tout cela serait déjà sérieusement compliqué à gérer pour former un gouvernement.

…et foire d’empoigne

Mais le charme des prochaines élections, c’est qu’elles seront à la fois fédérales ET régionales. Chaque parti va donc faire le maximum pour être présent dans les gouvernements aux deux niveaux, en jouant sur son caractère plus ou moins indispensable à un niveau ou un autre. Et on va assister en plus à une course de vitesse entre « régionalistes » et « fédéralistes » au sein de chacun des partis : les « régionalistes » pousseront à créer au plus vite des gouvernements au niveau régional et à « additionner » ces majorités au fédéral tandis que les « fédéralistes » voudront d’abord essayer de trouver un compromis central au niveau fédéral avant de s’engager dans des majorités régionales.

En Flandre, sauf retournement des plus improbables, la N-VA risque d’être incontournable, vu son résultat électoral et surtout son influence politique. La formation d’une majorité de droite NV-A – CD&V et VLD ne devrait donc pas poser de problème dans une optique strictement flamande. Mais la NV-A voudra aussi être de la majorité fédérale pour appliquer le même type de politique purement néolibérale. On peut toujours imaginer que les partis flamands pourraient contourner la difficulté en créant un gouvernement régional unissant les trois partis traditionnels, mais rien ne dit qu’ensemble ceux-ci puissent atteindre une majorité au parlement flamand.

La NV-A, premier parti de Flandre et de Belgique, risque donc bien de débouler dans la course à la formation du gouvernement fédéral. Mais qui, du coté francophone, acceptera de s’engager dans une telle aventure ? Le MR n’aurait sans doute guère de problème avec le versant économique et social du programme des nationalistes flamands mais il n’est pas prêt à donner dans le confédéralisme à la sauce NV-A. Quant au PS, on peut s’attendre à un « Niet » absolu sur les deux plans. Or, sauf autre retournement des plus improbables, le PS sera toujours la force largement dominante du côté francophone au lendemain du 14 mai.

On est encore à six mois des élections mais on peut déjà prendre les paris sur le fait que les nouveaux gouvernements mettront… un certain temps à se constituer.

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