BELGIQUE: : Marco Van Hees (PTB) : « La pénurie d’électricité dé coule directement de la mainmise du marché »

s/c
From: LizzP
Sent: Sunday, August 24, 2014 3:19 PM
Subject: Marco Van Hees (député PTB-Go) : « La pénurie d’électricité découle directement de la mainmise du marché »

24 Août 2014

La Belgique connaîtra-t-elle des coupures d’électricité cet hiver ? La secrétaire d’Etat Fonck et le ministre Wathelet étaient interpellés en commission de la Chambre ce 22 août 2014. Le député PTB Marco Van Hees leur a demandé jusque quand les autorités laisseraient notre production d’énergie aux mains d’une multinationale socialement irresponsable ? Voici ses interventions.

« Madame la secrétaire d’Etat, monsieur le Ministre, chers collègues,

J’ai mis la main sur deux citations que je trouve succulentes. Elles datent de 2011 et sont extraites de l’accord de gouvernement de la coalition sortante.

1. « La sécurité d’approvisionnement en énergie sera garantie en diversifiant au maximum les sources d’approvisionnement et en donnant la priorité à l’énergie renouvelable (éolien, hydraulique, panneaux solaires…) » (p. 127)

2. « Le Gouvernement élaborera, sans délai et au plus tard dans les six mois après son installation, un plan d’équipement en nouvelles capacités de production d’énergies diversifiées permettant d’assurer de façon crédible l’approvisionnement électrique du pays à court, moyen et long terme. » (p. 127)

Quel est le bilan aujourd’hui, trois ans plus tard ? On évoque, à raison, une possible pénurie dans la production d’électricité cet hiver. Sachant que l’importation d’énergie dépendra de ce voudront et pourront fournir les pays voisins. Sachant aussi qu’une réserve stratégique de 850 mégawatts représente peu de chose par rapport aux 13.500 mégawatts que peuvent atteindre les pics de consommation en hiver. Et ce risque de pénurie est d’ailleurs confirmé par l’existence d’un « plan de délestage » [coupure de
courant de quelques heures, à tour de rôle, dans une série de communes, afin
d’éviter un black-out total].

Comment en est-on arrivé là ? Tout simplement parce que dans notre pays, ce n’est pas le gouvernement fédéral qui mène la politique énergétique. Ce ne sont pas les gouvernements régionaux qui mènent la politique énergétique. Ce ne sont pas les communes qui mènent la politique énergétique…

Non, c’est le privé, notamment Electrabel et sa maison-mère GDF-Suez, qui décident de l’électricité qu’on produit et de comment on la produit.

Notre collègue du CDH vient de prononcer cette formule très pertinente : « Le marché ne fait pas lui même les choses. » Mais malheureusement, dans notre pays, c’est tout de même le marché qui dicte sa loi.

Et pour une firme comme Electrabel, ce qui compte, ce sont certainement les bénéfices, mais pas la situation énergétique de la Belgique.

C’est ce que dit explicitement le directeur de la production chez Electrabel, Wim De Clercq. En 2012, lors de la fermeture de la plus grande centrale non nucléaire du pays (Ruien), il déclarait : « Nous ne sommes pas responsables de la sécurité de l’approvisionnement de l’électricité en Belgique. (…) Etant donné le climat actuel, nous ne ferons certainement pas de nouveaux investissements en Belgique. » (De Standaard, 18 mai 2012). Une forme claire de chantage. Et il faisait remarquer qu’aucun grand producteur d’électricité n’investissait en Belgique.

Depuis, Electrabel investit en Allemagne et aux Pays-Bas, construit des barrages au Brésil, lance des dizaines de nouvelles centrales au gaz en Chine, mais effectivement, rien en Belgique.

Bref, la recherche de rentabilité pousse les producteurs, d’une part, à privilégier le nucléaire, les centrales étant amorties, d’autre part à fermer les centrales au gaz, à cause du prix de ce combustible. Or ce sont bien les problèmes du nucléaire et les fermetures de centrales au gaz qui conduisent à une possible pénurie cet hiver.

Les autorités belges vont-elles laisser notre production d’énergie dans les mains d’une multinationale socialement irresponsable ?

Ce que l’on constate en fait, c’est qu’en matière énergétique, le marché ne fonctionne pas. Un producteur privé sera toujours plus intéressé par des centrales couvrant les besoins de base, nettement plus rentables puisque toute la production peut être vendue, que par des centrales supplémentaires visant les pics de production.

Je soumettrai donc les quatre questions suivantes à la secrétaire d’Etat et au ministre.

1. En matière d’importation, pouvez-vous nous assurer que les autres pays, confrontés également à un hiver qui pourrait être rude, pourront et voudront nous fournir de l’électricité ?

2. Allez-vous faire quelque chose pour empêcher la fermeture de centrales au gaz, comme à Seraing, Drogenbos, Vilvoorde, Herdersbrug ?

3. Confirmez-vous que si l’on active la réserve stratégique, l’Etat ‒ la population, donc ‒ pourrait devoir intervenir financièrement au cas où les coûts de production augmenteraient dans les centrales concernées ?

4. Et enfin, plus fondamentalement, qu’allez-vous faire pour que des multinationales comme Electrabel, mues uniquement par le profit, ne puissent avoir un poids déterminant dans la politique énergétique de la Belgique ?

Pour le PTB-PVDA, en tout cas, l’Etat devrait rédiger un plan pluriannuel pour définir quel type d’énergie nous voulons et dans quelle quantité : autant de gaz, autant d’éolien, autant de nucléaire ‒ 0 % si possible ‒, etc. Si les société privées d’énergie acceptent de se plier à ce plan, OK. Sinon, ce sera à l’Etat de reprendre la production. »

« Je vous suggère de couper l’électricité du quartier du Berlaymont »

Après les réponses de la secrétaire d’Etat et du ministre, Marco Van Hees a repris la parole.

« Monsieur Wathelet, vous vantez votre plan de délestage, je vous en félicite, mais ce plan garantit seulement que nous aurons une catastrophe organisée au lieu d’une catastrophe non organisée. C’est toujours ça…

Par ailleurs, notre collègue Nollet évoquait un mythe qui s’effondre. En fait, ce sont deux mythes qui s’effondrent aujourd’hui : le mythe de l’infaillibilité du nucléaire et le mythe de l’infaillibilité du marché. Les deux étant liés : le marché privilégie le nucléaire car ce sont les centrales qui lui rapportent le plus de profit.

Je suis ravi de percevoir cette prise de conscience chez certains, ici, aujourd’hui. Pour autant, c’est toujours le marché qui est aux commandes. Lorsque Monsieur Wathelet nous dit « Si quelqu’un connaît une centrale pour la réserve stratégique, nous sommes preneurs », il démontre que c’est le privé qui mène la danse même pour la réserve stratégique, et a fortiori pour le reste de la production électrique.

Si rien ne change, ce problème va continuer à se poser après l’hiver 2014-2015. Tant sur l’approvisionnement en énergie et le risque de pénurie que sur la sortie du nucléaire ou que sur les prix payés par les consommateurs. »

Monsieur Wathelet, vous évoquiez en boutade, tout à l’heure, un délestage sur la commune de Woluwé. Je vous suggère plutôt de couper l’électricité du quartier du Berlaymont, à Bruxelles : pour faire prendre conscience aux instances européennes à quelles catastrophes mènent les politiques européennes de libéralisation de l’énergie. »

Tags:
Marco Van Hees

Advertisements

A propos Romain de Courcelles

militant communiste courcellois a/conseiller communal proche du PTB
Cet article a été publié dans Actualités et politique. Ajoutez ce permalien à vos favoris.