ÉCOSSE: La douche écossaise pour l’establishment, mais l’indépen dance est-elle la solution?

Les Ricains sont inquiets pour leurs valets en poste au gouvernement de LONDRES: en cas d’ indépendance, l’ ÉCOSSE exigerait (????) le départ des sous-marins nucléaires anglais de son territoire. D’ où, déjà, une bonne raison de s’ en faire pour le “Monde libre” et les fidèles alliés de l’ Otan … La GB en tant que telle serait quand même affaiblie sur tous les plans … Sans compter que “l’ Indépendance” (???) aurait un nouvel effet tâche d’ huile un peu partout en Europe ..
RoRo

From: LizzP
Sent: Thursday, September 11, 2014 8:22 PM
Subject: ÉCOSSE: La douche écossaise pour l’establishment, mais l’indépendance est-elle la solution?

11 Septembre 2014

Le possible « oui » au référendum écossais du 18 septembre provoque, depuis quelques jours, une onde de choc qui dépasse la Grande-Bretagne, pour toucher toute l’Europe. Et la Belgique aussi, où les comparaisons vont bon train. Décryptage par David Pestieau, du service d’études du PTB, d’origine belge et… écossaise.

Cameron, Clegg et Milliband, les trois présidents des partis principaux britanniques (respectivement : conservateur, libéral et travailliste) viennent de débarquer en Ecosse pour une tournée improvisée de plusieurs jours. Pour appeler au « non » au référendum.

Or, l’unanimité de la classe politique à Londres est probablement le meilleur allié du « oui » à l’indépendance.

Car si le oui l’emporte en Écosse, la semaine prochaine, l’establishment britannique en sera le responsable. La montée du oui, en particulier dans les couches populaires, n’est pas due à un quelconque nationalisme nostalgique celtique. Elle traduit surtout une profonde colère contre la faillite de la politique initiée par Margaret Thatcher et poursuivie par le New Labour (travailliste) de Tony Blair et Gordon Brown.

Beaucoup de Britanniques ont souffert du thatchérisme. Et il se dit que si les habitants de grandes villes ouvrières d’Angleterre comme Liverpool, Newcastle, Sheffield pouvaient voter dans un référendum dont l’enjeu est devenu « plus jamais un gouvernement conservateur », ils voteraient aussi massivement oui. Mais aujourd’hui c’est uniquement en Écosse que l’occasion est donnée à la population d’exprimer ce rejet des politiques menées.

Et c’est d’ailleurs dans la grande ville ouvrière d’Ecosse, Glasgow, et dans la région qui l’entoure (qui compte un tiers de tous les électeurs) que la montée du oui est la plus spectaculaire1.

Coeur industriel de l’Ecosse, à l’instar de Liège et Charleroi en Belgique, Glasgow et ses environs a connu les fermetures massives de chantiers navals et de mines, aggravé par l’offensive thatchérienne des années 80 : « En 1981, Glasgow était classée 208ème parmi les autorités locales en terme d’inactivité économique ; une décennie Plus tard, elle était montée à la 10ème place. Les emplois qualifiés dans l’industrie ont été supprimés et remplacés au mieux par des jobs à bas salaires, avec moins de droits et moins de sécurité d’emploi. La vente massive au privé des logements publics-jamais remplacés-a laissé des communautés ouvrières sans logement décent pour leurs enfants. La baisse des taxes sur les riches remplacées par des taxes indirectes, l’écrasement des syndicats, les privatisations massives et la promotion, incessante de la City, ont permis aux inégalités d’exploser », note Owen Jones, auteur de gauche, rendu célèbre par son livre « Chavs, la diabolisation de la classe ouvrière »(« Chavs, the Demonization of the Working Class ») 2.

Mais le retour des travaillistes au pouvoir en 1997 n’a pas remis en cause les affres du thatchérisme. Au contraire, Tony Blair a été le porte-drapeau d’une « troisième voie » qui a rapproché toujours plus la social-démocratie britannique du libéralisme pur jus. Il a initié la privatisation du fameux service national de santé public (le NHS), Continué à laminer les services publics et dérégulé davantage les marchés financiers à la grande joie de la City. Et c’est toujours le gouvernement travailliste de Blair qui a soutenu, malgré des millions de manifestants dans son pays, la guerre d’invasion de Bush contre l’Irak dont on peut voir encore les effets désastreux aujourd’hui.

Aussi quand les Ecossais voient débarquer main dans la main, Cameron, le fils spirituel de Thatcher, et Milliband, censé incarner l’opposition travailliste, ils n’y voient que la Confirmation de l’unanimité néolibérale de la politique menée par la classe politique britannique depuis trente ans. Et quand ils voient l’union sacrée de cette élite politique avec la City, avec les Etats-Unis d’Obama, qui leur ordonnent de voter non, c’est presqu’un encouragement à ce qu’ils votent oui.

Car si le courant indépendantiste, et en particulier le parti national écossais (SNP), monte en puissance, c’est parce qu’il est quasi le seul à capter ce courant de mécontentement. Et qu’il peut incarner à lui seul le mouvement anti-austérité.

Car les travaillistes ne sont pas du tout revenus du social-libéralisme de Blair. Ils n’ont pas appelé à en finir avec les Tories, avec une véritable politique alternative de gauche, non seulement en Écosse mais aussi en Irlande du Nord, au Pays de Galles et en Angleterre. Au contraire, en Écosse, où l’on vote massivement contre le parti conservateur depuis des décennies, ils ont laissé l’opposition anti-establishment et anti-austérité aux nationalistes (et, sous une toute autre forme, au parti d’extrême-droite Ukip en Angleterre).

L’indépendance, la solution ?

Si le courant massif pour le oui s’explique dans ce contexte, les espoirs suscités par beaucoup dans l’indépendance comme voie pour échapper à une politique antisociale sont loin d’avoir la garantie d’être satisfaits.

Axel Salmond, le leader du SNP, a forgé sa popularité en se positionnant comme un nationaliste de gauche. Il réussit, pour le moment, à fédérer un large courant de la population qui veut préserver le service de santé public (NHS) et l’enseignement public de la privatisation, qui ne veut pas de sous-marins à tête nucléaire dans les eaux profondes écossaises. Il affirme qu’il pourra développer la prospérité de l’Écosse en s’assurant les bénéfices de l’exploitation du pétrole de la Mer du Nord, qui sont transférés aujourd’hui dans les caisses centrales de l’État britannique.

Salmond promet ainsi la réelle indépendance de l’Ecosse qui pourrait ainsi librement choisir une version scottish du Welfare State.

Mais cette promesse deviendra-t-elle réalité ?

Le SNP défend que l’Écosse indépendante adhérera à l’Union européenne, avec ses traités d’austérité, de libéralisation et de privatisation qui prennent tous les peuples européens à la gorge.

Le SNP affirme qu’une Écosse indépendante serait membre de l’OTAN, laissant croire que l’alliance admettrait le retrait de sous-marins nucléaires Trident de ses eaux territoriales : autant croire qu’un carnivore deviendrait végétarien…

Enfin, les pro-indépendantistes défendent en cas d’indépendance l’Union monétaire avec la livre sterling (et la Reine comme cheffe de l’Etat en prime). Or, dans une Union monétaire, ce sont les forces dominantes de cette Union monétaire (c’est-à-dire la Banque d’Angleterre et la City, dans le cas d’une Union monétaire entre Écosse et le reste du Royaume-Uni) qui donneront le ton de la politique économique. On le voit aussi avec l’Union monétaire européenne avec l’euro, qui est dominée par le poids économique de l’Allemagne.

Dans ces conditions, l’Écosse n’aurait aucune indépendance réelle de mener une politique alternative mais surtout les travailleurs écossais risqueraient de trouver une nouvelle frontière avec leurs collègues de Manchester, Cardiff, Londres confrontés à la politique des mêmes multinationales. Précisément au moment où l’unité du monde du travail en Grande-Bretagne et même à l’échelle européenne est plus que jamais primordiale.

Owen Jones l’écrit : « Défendre une union construite par deux rois sur trois siècles n’a jamais présenté d’intérêt pour moi. Ce qui m’interpelle ce sont les traditions communes partagées par les Ecossais, Anglais et Gallois quand ils se sont ensembles confrontés aux puissants et qu’ils les ont battus. Les suffragettes d’Edimbourg et de Manchester ; les socialistes de Fife et du Pays de Galles ; les syndicalistes comme l’Ecossais Mick McGahey (dirigeant des mineurs) et le Liverpoolien Jack Jones (dirigeant historique du syndicat des transports), tous ont affronté un ennemi commun.

Ceux de Glasgow, de Manchester et de Cardiff se sont battus et ont construit la sécurité sociale, le NHS et le Welfare State avec leurs propres mains. Un mouvement de citoyens écossais, anglais et gallois a permis d’arrêter la Poll Tax mais aussi d’éjecter Margaret Thatcher de son poste de Premier ministre. Nos ennemis communs restent ces financiers et ces patrons qui paient des salaires de famines, qu’ils parlent avec l’accent d’Edimbourg ou avec l’anglais châtié de la Reine. »

La N-VA, l’Écosse et Cameron

En Belgique, les comparaisons n’ont pas manqué. Même si les contradictions n’ont pas tardé. Si la N-VA est pour l’indépendance de l’Ecosse car cela pourrait être un précédent en Europe occidentale, elle défend bec et ongles, en pratique, la politique des conservateurs de Cameron & co que combattent les nationalistes écossais.

Et si le SNP veut se détacher de l’Etat central, la N-VA entre (provisoirement) au gouvernement fédéral. Non sans arrière-pensée, Eric Defort , membre fondateur de la N-VA et président de l’ALE (association des partis régionalistes européens) et Bart Maddens3, idéologue officieux de la N-VA ne s’en cachent pas. Si le gouvernement fédéral de droite se met en place et prend des mesures antisociales dures « à la Thatcher », ils espèrent la montée d’un puissant mouvement régionaliste wallon qui, à l’instar de l’Écosse, réclamerait lui-même l’indépendance. Car comme l’a dit le 11 juillet 2010 Jan Peumans, président du Parlement flamand, le mouvement nationaliste flamand a besoin d’un mouvement régionaliste wallon équivalent pour forcer le séparatisme.

Mais comme l’expression le dit, un homme averti à Glasgow en vaut deux à Bruxelles.

1. Voir http://www.theguardian.com/news/datablog/2014/sep/10/scottish-independen…

2. http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/sep/07/scotland-decides-un…

3. De Morgen, 10 septembre 2014

Tags:
Ecosse

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A propos Romain de Courcelles

militant communiste courcellois a/conseiller communal proche du PTB
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