BELGIQUE: Le gouvernement Michel-De Wever sabote les transports publics

From: Quentin Vanbaelen
Sent: Thursday, October 16, 2014 4:40 PM
Subject: Le gouvernement Michel-De Wever sabote les transports publics

16 Octobre 2014

Si le gouvernement flamand supprime le transport gratuit pour les personnages âgées, ce sont encore des broutilles au vu de ce que le gouvernement fédéral prévoit pour le transport ferroviaire. À la FGTB et la CSC, on parle de « déclaration de guerre » et d’« étouffement de l’entreprise ». Le PTB ajoute qu’il s’agit en plus d’une catastrophe pour l’environnement.

Dans l’accord gouvernemental, tout cela est encore vague mais, ce qui est clair, c’est la direction que cela prend : le gouvernement Michel-De Wever veut « préparer juridiquement et réglementairement l’ouverture du marché du trafic national des voyageurs » et « en même temps, préparer au niveau interne les entreprises ferroviaires publiques (SNCB et Infrabel, NdlR) à la libéralisation du marché ». Pour y arriver, elle entend « appuyer et mener à terme la réorganisation interne du groupe ferroviaire ». Et, à ceux qui croiraient que ce genre de déclaration porte sur un avenir encore éloigné, clarifions tout de suite : le gouvernement entend déjà faire une évaluation de cette réorganisation avant fin 2017.

En même temps, le gouvernement attend également de la SNCB et d’Infrabel qu’elles « contribuent à l’assainissement des finances de l’État » et qu’elles en tiennent compte lorsqu’elles « reverront leur priorités d’investissement et présenteront un business plan adapté ». Dans ce cadre, la SNCB disposera également d’« une plus grande flexibilité opérationnelle » et le gouvernement compte « avant tout stimuler l’utilisation des infrastructures ferroviaires par la SNCB et les autres opérateurs ferroviaires. Pour ce faire, l’indemnisation des infrastructures doit diminuer et être structurée autrement ». Et, à cet effet, la SNCB disposera également d’« une plus grande liberté en matière de calcul de ses tarifs ». Autrement dit, les entreprises privées qui recourront aux infrastructures ferroviaires paieront moins, mais les voyageurs verront leurs billets augmenter.

5 000 cheminot(e)s de moins

Pour comprendre concrètement le sens de cette politique de restrictions, il faut lire l’ouvrage La forte tête. Dans les coulisses de la SNCB de Marc Descheemaecker, ancien administrateur de la SNCB et, depuis peu, membre du noyau dur de la N-VA. Il y explique que les dotations de l’État à la SNCB diminueront considérablement : de 3 milliards à 2 milliards d’euros durant la période 2013-2023. Il part du principe que, « en dix ans, les investissements seront réduits de 20 %, donc 2 % par an, et que, durant la même période, les subsides à l’exploitation baisseront de 40 %, donc de 4 % par an. Cela signifie environ 300 millions d’investissements en moins en 2023 et environ 600 millions d’euros de moins en subsides à l’exploitation. (…) Pour ce faire, cinq mille travailleurs à temps plein devront encore quitter le groupe SNCB, pour arriver à quelque 29 500. »

Ce sont des chiffres durs, que dissimulent les termes vagues de la déclaration gouvernementale et de sa tout aussi vague présentation par le Premier ministre Charles Michel à la Chambre. Mais il ne fait aucun doute que ces chiffres expriment concrètement ce que le gouvernement entend quand il dit que la SNCB doit « contribuer à l’assainissement des finances de l’État ». À moins que le gouvernement ne nous convainque du contraire, mais il ne l’a pas encore fait jusqu’à présent.

Aux voyageurs non plus, le livre de Marc Descheemaecker n’apporte pas de motifs de se réjouir : « pendant dix ans », les tarifs voyageurs « devront augmenter en moyenne de 1,5 % par an en plus de l’inflation ». En dix ans, le train va donc augmenter d’un bon 16 % au-dessus de l’index et, pour un billet plus cher, le voyageur disposera d’une offre qui aura rétréci une fois de plus : quotidiennement, ajoute en effet Descheemaecker, « il n’y aura plus que 3 200 trains environ au lieu de 3 700 ». En résumé : 5 000 emplois de mois, des billets bien plus cher, et 500 trains de moins.

Le droit de grève est compromis

Comme si le gouvernement prévoyait déjà que son plan ne ferait qu’attiser la résistance, il entend satisfaire l’obsession de l’Open VLD et de la N-VA en introduisant un service minimum en cas de grève. La chose est très clairement mentionnée dans l’accord gouvernemental. Ce n’est pas sans un certain cynisme qu’il charge les partenaires sociaux des deux entreprises – la SNCB et Infrabel – d’élaborer eux-mêmes des propositions en ce sens. « Si l’on ne peut arriver à un accord dans un délai raisonnable, le gouvernement se chargera lui-même d’une initiative législative », peut-on lire à la page 145 de l’accord gouvernemental.

Les syndicats furieux

La CGSP Cheminots et la CSC Transcom parlent d’une « véritable déclaration de guerre ». La secrétaire fédérale de la CSC Transcom Marianne Lerouge estime que les efforts demandés par le gouvernement à la SNCB sont si énormes qu’elle est convaincue que nous allons vers une « asphyxie de l’entreprise ». « Nous craignons que l’intention soit de prouver à terme que le service public ne fonctionne pas, afin de réaliser finalement ce que Monsieur De Wever a toujours voulu : régionaliser la SNCB », affirme-t-elle.

Michel Abdissi, le président de la CGSP Cheminots, déplore surtout l’incohérence totale des plans gouvernementaux à propos des chemins de fer. « Il réduit les moyens de la SNCB et lui impose en même temps d’onéreuses missions : accélérer l’amélioration du service pour les voyageurs, accélérer les travaux du Réseau express régional (RER)… » Quant à la suppression de milliers d’emplois, il déclare enfin que c’est « une véritable catastrophe, non seulement pour le personnel du rail, mais aussi pour les voyageurs ». Il estime qu’avant 2019, il y aura 7 000 cheminot(e)s de moins, et qu’un certain nombre de « petites lignes » disparaîtront encore.

Les deux syndicats ont la ferme intention de défendre le service public bec et ongles : « Nous ne laisserons pas passer ça, et notre réaction sera proportionnelle aux attaques », assurent-ils.

L’État doit plus investir, pas moins

Le PTB renvoie au rapport du célèbre Boston Consulting Group, le groupe d’étude qui, récemment encore, comparait les performances des entreprises ferroviaires de 24 pays européens. Il ressort de cette analyse que les entreprises ferroviaires sont les plus performantes dans les pays où l’État y investit le plus : « Un investissement réel de la part des autorités est essentiel pour un véritable développement du transport ferroviaire. » Ceci est bien plus déterminant que le degré de libéralisation ou que la structure de l’entreprise ferroviaire.

La section Cheminots du PTB rappelle qu’en juin dernier, les agents du rail (35 000 hommes et femmes environ) ont fait savoir, lors d’une journée de grève, que la situation devenait extrêmement pénible pour eux : ensemble, ils ont encore « droit à » plus d’un million de jours de congé (vacances, récupération, etc.) En temps de travail, cela équivaut à 5 000 emplois. En d’autres termes, si l’État octroyait à la SNCB les moyens en ce sens, 5 000 jeunes pourraient y être embauchés immédiatement. En effet, du travail, il y en a. Seul l’argent manque. Mais ce gouvernement entend mettre la SNCB encore un peu plus sur la paille.

Le PTB insiste aussi sur le fait que de bons transports publics sont d’une importance cruciale pour la défense d’un environnement sain. Afin de réduire les émissions de carbone et de donner à nouveau de l’air pur à nos villes, nous devons réduire le transport routier par camion, mais aussi éloigner plus de gens de l’automobile pour les amener vers le train. Des transports publics modernes, confortables, bon marché et au réseau dense requièrent plus d’investissements de l’État, pas des nouvelles restrictions. Sur tous ces points, le gouvernement Michel-De Wever emprunte précisément la direction opposée et, en ces temps de changement climatique, c’est absolument irresponsable.

Tags:
#larésistancesociale

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A propos Romain de Courcelles

militant communiste courcellois a/conseiller communal proche du PTB
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