Le Napoléon "socialiste" de l’ Élysée fait du parti-pris et perd la mémoire, même lorsqu’ il commémore la Journée nationale de la Résistance:

 

Troubles de la mémoire

Publié le 27 mai 2015

(De notre envoyé spécial Jean Casanova – Siège du Haut Comité des Célébrations Nationales – Archives de France – 56, rue des Francs- Bourgeois – Quartier du Marais – Paris 3°, 26 Mai 2015)

Je suis reçu aujourd’hui au siège du Haut Comité des Célébrations Nationales, hébergé au Service des Archives de France, par Pierre Vora, son Président. Il a bien voulu accepter de répondre aux interrogations, elles sont nombreuses, relayées à la lecture des revues de presse, celles de journalistes ou de blogueurs anonymes, interrogations touchant au 27 Mai décrété Journée Nationale de la Résistance.

Au hasard et pour ne pas alourdir notre propos, je vous en livre au moins deux :

– celle du journal L’Humanité : « Le 27 Mai, Journée Nationale de la Résistance, date anniversaire de la création du CNR (Conseil National de la Résistance), quatre héros de la Résistance feront leur rentrée au Panthéon. François Hollande, qui a fait le choix des quatre noms, a pris soin de rassembler toutes les familles politiques (gaulliste, socialiste, radicale et sans parti), toutes sauf une : la communiste. Ce choix partial a suscité une vive émotion. »

– et celle d’un poète anonyme sur son blog, texte intitulé Injure au Panthéon1 :

           Déjà traître à lui-même, à ses engagements,

           Jusqu’à l’extrême de ces honteux reniements,

           Le voilà de surcroît à tout un pan de l’Histoire,

           Ce Président borné, qui refuse la gloire

           Du Panthéon à ces courageux résistants

           Sans lesquels nous n’eussions chassé les Occupants !

Pierre Vora, bonjour. Vous vous êtes exprimé récemment dans les colonnes du Figaro, avec cette question très forte : sommes-nous en train de perdre la Mémoire ? Mémoire et Histoire, nous savons que vous avez déjà depuis longtemps opposé ces deux termes avec force.

Bonjour Jean Casanova. Bien au contraire, nous ne perdons pas la Mémoire. Nous vivons aujourd’hui sous sa tyrannie et c’est bien dommageable à l’Histoire. Car si celle-ci, l’Histoire, est toujours la tentative objective de reconstituer, de mettre en perspective, voire de comprendre le passé, la première, la Mémoire, en est bien loin. La Mémoire n’est rien d’autre que la subjectivité sélective, triant dans le passé pour commémorer, c’est-à-dire rassembler sur une base partisane, le contraire de la tentative d’objectivité historique. La Mémoire est le lieu de toutes les manipulations, des plus naïves, de Jeanne au Bûcher, jusqu’aux plus dangereuses, celle de Jeanne au 1° Mai. J’espère m’être bien fait comprendre.

Merci Pierre Vora pour ce cadrage vigoureux. Diriez-vous qu’à l’occasion de la commémoration de l’anniversaire de la création du Conseil National de la Résistance, père fondateur de l’Etat Social à la française, et nous comprenons tous l’importance de cette commémoration, diriez-vous que le choix, pour leur entrée au Panthéon, de ces 4 héros de la Résistance (Jean Zay, Pierre Brossolette, Germaine Tillon et Geneviève Anthonioz-De Gaulle), geste mémoriel, pose un problème historique ?

Le nom du monument Panthéon vient du grec pantheion qui signifie « de tous les dieux ». Prévu à l’origine, au XVIIIe siècle, pour être une église qui abriterait la châsse de Sainte-Geneviève, ce monument a maintenant vocation à honorer les grands personnages ayant marqué l’histoire de France. Y sont notamment inhumés Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Victor Hugo, Sadi Carnot, Émile Zola, Jean-Jaurès, Jean Moulin, Pierre et Marie Curie, André Malraux et Alexandre Dumas.

Dans votre énoncé, il y a deux questions. La première est celle de la qualification pour un Homme, un seul quels que soient ses mérites, du droit à exercer un tel choix. C’est déjà un problème. Certes, il ne les a pas tirés de son chapeau. Il y a eu en aval un travail historien de sélection et la liste proposée par le Comité en charge de cette sélection comportait 10 noms, tous aussi méritants. Je ne vous les citerai pas. Mais la décision en dernier ressort d’un seul est un problème.

La deuxième question porte sur la sincérité du choix. Les 4 noms retenus sont d’authentiques figures aptes à symboliser la Résistance. Mais pourquoi 4 et non 6 ou 8 ? Et même 10, mais ne prêtons pas le flanc à l’hypocrite rétorsion : et pourquoi pas 100 ? Mais d’ailleurs, pourquoi pas ? Nos 4 héros sont incontestables, je m’en tiendrai là.

Je ne veux cependant pas éluder votre question, celle du journal L’Humanité et de ce poète blogueur. Et c’est là que ressurgit l’épineux problème de la Mémoire. La Mémoire est sélective, elle est donc politique, et l’absence parmi nos panthéonisés de Marie-Claude Vaillant-Couturier et de Missak Manouchian, bien que recommandés par le Comité, doit être analysée et interprétée comme le refus d’installer la famille communiste aux côtés des familles gaulliste et socialiste dans la grande geste héroïque de la Résistance.

Marie-Claude Vaillant Couturier est une femme politique française, communiste et résistante. Elle est arrêtée par la police de Philippe Pétain et déportée à Auschwitz en 1943. Elle en franchit l’entrée, avec un convoi de 230 femmes résistantes, communistes et gaullistes, en chantant la Marseillaise. Seules 49 en reviendront. Transférée à Ravensbrück, elle y demeurera avec sa compagne Adélaïde Hautval, médecin, après leur libération le 30 Avril 1945 par l’Armée Rouge, pour aider aux soins des rescapés intransportables. Témoin de l’accusation au procès de Nuremberg en 1946, elle stigmatisera l’absence, sur le banc des accusés, des dirigeants des firmes Krupp, IG Farben et Siemens, firmes qui avait largement participé à l’exploitation esclavagiste des déportés. Lors de son témoignage face aux criminels nazis, Keitel et Goebbels, elle marchera vers eux, à la stupéfaction de la salle, pour les obliger à la regarder dans les yeux.

Missak Manouchian est un poète français d’origine arménienne, résistant communiste responsable national de la MOI, organisation militaire, branche des FTP, arrêté lui aussi par la police française le 16 Novembre 1943.Torturé par la police française, il est livré à la Geheime Feldpolizei. Condamné à mort par le tribunal militaire allemand du Grand-Paris, en présence des journalistes français de la presse collaborationniste qui dénoncent son « cynisme », il fait parti des 10 condamnés sélectionnés pour la composition de l’Affiche Rouge. Il est fusillé le 21 Février 1944 au Mont-Valérien, refusant d’avoir les yeux bandés et clamant : « Vive la France. Je meurs sans haine pour le peuple allemand ! »

La signification de cette éviction est évidemment très lourde. Elle est porteuse de fracture dans l’identité nationale, et c’est un paradoxe douloureux en cette journée anniversaire de la création du CNR.

Pierre Vora, merci ! Vos paroles et votre autorité intellectuelle seront un point d’appui précieux à ceux que ce choix partial a scandalisé et qui, probablement, feront campagne pour le dénoncer. La symbolique de cette éviction est très forte. Pouvez-vous nous donner un autre exemple historique d’une telle perversion ?

Il en est un très classique, le modèle même de ces petits arrangements avec l’Histoire où l’on fait disparaître ses opposants. Staline a ouvert la voie avec eux la retouche photographique : aux côtés de Lénine, à la tribune, la place est chère. 1920, de la tribune, Lénine harangue la foule. Le photographe Goldstein immortalise le moment. Mais le cliché ne va pas garder sa pureté bien longtemps. Sur l’escalier, l’élément dérangeant s’appelle Trotsky, exclu du Politburo en 1927. À partir de ce moment-là, Trotsky disparaît des photos de propagande. Même mésaventure pour Kamenev, lui sur la première marche de l’escalier.

Effacés du cliché, les deux hommes seront aussi éliminés physiquement. Trotsky, assassiné en 1940. Kamenev fusillé en 1936. Tous deux sur ordre de Staline.

Pierre Vora, merci et bonsoir !

Jean Casanova, 26 mai 2015

1 Yves Letourneur :

https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2015/05/25/injure-au-pantheon/

Texte très juste, à part le fait que le paragraphe anti-stalinien des lendemains de la Révolution d’ Octobre n’ a rien à voir dans l’ épisode de la Résistance ’40-45′ en France et du choix partisan de Hollande: bien des communistes français, devant les pelotons d’ exécution nazi, criait d’ ailleurs: « Vive la France, vive le Communisme (ou l’ Urss), vive Staline », … ! Voir « Lettres des Communistes Fusillés »

Advertisements

A propos Romain de Courcelles

militant communiste courcellois a/conseiller communal proche du PTB
Cet article a été publié dans Actualités et politique. Ajoutez ce permalien à vos favoris.