Kosovo

Onze anciens de l’UÇK jugés coupables de crimes de guerre au Kosovo

Par Jean-Arnault Dérens le 30 mai 2015
Crises/guerres Droit international

Le genevois Ueli Leuenberger, député Vert et fondateur de l’Université albanaise de Genève, a été un des soutiens aveugles les plus proches et farouches des nationalistes de l’UCK aujourd’hui au pouvoir au Kosovo. [ASI]

UCK

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Sami Lushtaku, ancien commandant de l’UÇK condamné à douze années de prison, est toujours maire de la commune de Skenderaj, au cœur de la Drenica, une région de collines pelées située au centre du Kosovo. Cette région est un bastion historique du nationalisme albanais, et c’est là que la guérilla de l’UÇK avait établi ses premiers quartiers, dès le milieu des années 1990 (RoRo: pour ceux qui ne le savent pas, les assassins-gangsters de l’ Uck ont commencé leurs actions terroristes en menant des attaques armées et criminelles contre des postes et commissariats de Police à l’ intérieur de la Serbie même). Sami Lushtaku est issu de l’une des grandes familles qui, les premières, s’engagèrent dans la guérilla. C’est un pilier de l’UÇK, tout comme Sylejman Selimi, qui était devenu ambassadeur du Kosovo en Albanie, avant son inculpation en 2013. Les condamnés appartiennent au « noyau dur » de l’UÇK, issu d’un petit groupe clandestin, le Mouvement populaire du Kosovo (LPK). Ils sont très proches d’Hashim Thaçi, actuel vice-Premier ministre, le chef du Parti démocratique du Kosovo (PDK), lui aussi originaire de la Drenica.

La « prison » de Likoc, lieu du crime

Dans le cadre du procès « Drenica I », Sami Lushtaku a été reconnu coupable d’un meurtre d’un civil, Sylejman Selimi, d’actes de torture et a été condamné à huit années de prison. Dans le procès « Drenica II », jugé parallèlement par le tribunal de Mitrovica, neuf autres anciens guérilleros ont été condamnés à des peines allant de trois à sept ans de prison. Tous étaient jugés pour les crimes commis dans la « prison » de Likoc, un village de Drenica, où l’UÇK détenait, interrogeait et torturait, dès l’été 1998, des « collaborateurs » supposés du pouvoir serbe.

En fait, la plupart des civils passés par Likoc étaient des sympathisants de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), la formation d’Ibrahim Rugova, perçue comme rivale par la guérilla. La guérilla avait mis en place un véritable archipel de centre d’interrogatoire et de détention qui s’étendait jusqu’au territoire de l’Albanie voisine – avec les prisons de Cahan, Kukës, etc. Des prisonniers serbes ou roms sont également passés par ces centres de détention, principalement à l’été 1999, dans les semaines qui ont suivi la fin de la guerre, mais ils ont d’abord accueilli les « collabos » supposés.

Parmi les inculpés du procès Drenica II, Sabit Geci a été relaxé, faute de preuves, alors que son nom est cité par de nombreux témoins, tant pour les crimes commis dans la prison de Likoc que dans celle de Cahan. Son rôle est également pointé dans le rapport de Dick Marty sur les crimes de l’UÇK. Les membres du « groupe de la Drenica » ont été inculpés en 2013. En mai 2014, Sami Lushtaku s’était échappé de manière rocambolesque, lors d’un transfert à l’hôpital de Pristina. Il avait fallu que les plus hauts chefs de la mission européenne Eulex, notamment le procureur Jonathan Ratel, viennent négocier » sa reddition.

Arianit Koci, l’avocat de Sami Lushtaku, a annoncé que son client allait faire appel, tout en déclarant que le jugement de mercredi aurait des effets allant « bien au-delà de Lushtaku et de Selimi« . Selon lui, « on a ouvert la boîte de Pandore et on prépare le terrain pour le tribunal spécial ». En effet, le Parlement du Kosovo doit donner ces jours-ci son aval définitif à la constitution du tribunal chargé de juger les crimes de guerre attribués à l’ancienne guérilla. La création de cette juridiction d’exception est une conséquence directe des enquêtes menées par Dick Marty pour le Conseil de l’Europe, puis par le procureur américain Clint Williamson. L’éventuel trafic d’organes pratiqué sur des prisonniers serbes ne constitue qu’une petite partie des crimes pointés dans ces rapports.

Colère des nationalistes

Les associations de vétérans ont déjà condamné ce verdict, dénonçant la justice « sélective » mise en place par la mission Eulex. Jeudi, des milliers de personnes ont manifesté dans les rues de Skenderaj et plusieurs centaines de vétérans de l’UÇK et de sympathisants du PDK ont bloqué la route nationale Pristina-Peja, au niveau du carrefour de Komorane. D’autres actions sont prévues dans les prochains jours. Alors que neuf des dix combattants tués lors de l’attaque « terroriste » des 9 et 10 mai derniers à Kumanovo, en Macédoine, ont été enterrés mercredi au Kosovo, ce verdict risque de radicaliser encore plus les milieux nationalistes albanais.

JEAN-ARNAULT DÉRENS>CORRESPONDANT DANS LES BALKANS – 29 mai 2015

Source: http://www.lalibre.be/actu/international/onze-anciens-de-l-uck-juges-coupables-de-crimes-de-guerre-au-kosovo-5568a3db3570fde9b37a9082

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A propos Romain de Courcelles

militant communiste courcellois a/conseiller communal proche du PTB
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