Un seul ennemi: la Haute Finance , … !

Un seul ennemi: la Haute Finance , … ! signé: François

Scandale de Panama : la France en première ligne, …

Des dizaines d’hommes politiques, d’industriels et même de journalistes français sont mis en cause dans le dossier judiciaire panaméen… en 1892.

Par Baudouin Eschapasse Publié le 04/04/2016 à 11:05 – Modifié le 04/04/2016 à 15:23 | Le Point.fr

Le scandale du Panama va durablement écorner l'image de marque des politiques français.
Le scandale du Panama va durablement écorner l’image de marque des politiques français.
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Scandale de Panama : la France en première ligne

Ce scandale est un séisme. Mettant en cause plusieurs ministres, il fait trembler le gouvernement. Impliquant des dizaines de parlementaires, mais aussi des hommes d’affaires et même des journalistes, l’affaire dite de Panama révèle les turpitudes financières d’une centaine de Français… L’instruction ouverte par le procureur général Quesnay de Beaurepaire, le 11 juin 1891, et qui va durer dix-sept mois, éclabousse des figures parisiennes de premier plan de la fin du XIXe siècle.

À commencer par Ferdinand de Lesseps (1805-1894). Ce diplomate à l’origine du percement du canal de Suez en Égypte, entre 1859 et 1869, est aussi le promoteur du canal de Panama qui doit relier Atlantique et Pacifique. Sur le papier, tout semble simple. La distance à percer est moindre que pour Suez (74 kilomètres au lieu de 160), la main-d’oeuvre locale abondante et le climat moins rude en Amérique centrale qu’en Afrique. Mais la réalité est tout autre. Les dénivelés de terrain imposent la construction de larges écluses, techniquement complexes. Et terriblement onéreuses.

Un gouffre financier

Lancé en 1882, le chantier piétine. Et les financements manquent. Un emprunt populaire a été lancé en 1885. Un second l’est en 1888. Des milliers de souscripteurs, alléchés par des taux d’intérêt à deux chiffres, placent leur argent auprès de dizaines de banques présentant cet investissement comme « garanti ». Un milliard quatre cents millions de francs sont levés en quelques mois.

Deux années passent. En 1889, les travaux du canal semblent s’embourber (il ne sera finalement ouvert qu’en 1914). Pire, la société de Lesseps est mise en liquidation. 85 000 épargnants perdent l’argent placé. Des révélations, faites dans la presse, laissent entendre que nombre de promoteurs de ces emprunts connaissaient la santé précaire de l’entreprise. Mais pas seulement : pour autoriser la campagne de souscription de 1888, le vote d’une loi a été nécessaire. Or, les parlementaires l’ont adoptée malgré le rapport très défavorable d’un ingénieur : Armand Rousseau.

Un scandale dévastateur

La mise au jour de ce vaste scandale est dévastatrice. Elle conduit au suicide le banquier Jacques Reinach. La Chambre des députés crée une commission d’enquête. Le ministre de l’Intérieur Émile Loubet démissionne. En décembre 1892, plusieurs dirigeants de premier rang sont éclaboussés. Parmi eux, Albert Grévy, sénateur, ancien gouverneur de l’Algérie ; François Thèvenet, ministre de la Justice et des Cultes ; mais aussi Jules Roche, ministre du Commerce, de l’Industrie et des Colonies, un proche de Clemenceau, par ailleurs fondateur de la Ligue des contribuables ! Le nom de Maurice Rouvier, ministre des Finances et président de l’Union des gauches, est cité (il bénéficiera finalement d’un non-lieu deux ans plus tard). Gustave Eiffel, concepteur des écluses, est même écroué.

Seul un ministre, Charles Baïhaut, en charge des Travaux publics à l’époque sera finalement condamné… à cinq ans de prison pour avoir touché 300 000 francs en juin 1886. Mais cette affaire, survenue moins de quatre ans après un autre scandale de trafic de décorations, a un effet ravageur dans l’opinion. Elle discrédite pour longtemps les élites politiques et médiatiques du pays. Plusieurs patrons de presse, comme Émile de Girardin, ont en effet joué un rôle majeur dans la publicité accordée à la campagne d’emprunt, parfois en échange d’avantages financiers.

Le général Boulanger se sert de l’affaire pour promouvoir son mouvement populiste qui dénonce des élites « corrompues » et réclame la dissolution des assemblées parlementaires et une révision constitutionnelle. Les ligues d’extrême droite instrumentalisent ce scandale pour distiller l’idée que la République doit être abolie. Édouard Drumont, sélectionnant à dessein les noms de quelques hommes d’affaires juifs mis en cause, s’en servira pour promouvoir ses idées antisémites. Le scandale du Panama restera un « marqueur » politique majeur dans notre pays jusque dans les années 1930.

A propos Romain de Courcelles

militant communiste courcellois a/conseiller communal proche du PTB
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