Depuis l’Italie, l’attaque contre la Syrie

« L’ART DE LA GUERRE »

Depuis l’Italie, l’attaque contre la Syrie

par Manlio Dinucci

Manlio Dinucci observe l’unanimisme des dirigeants occidentaux et des élites progressistes pour soutenir la guerre contre la Syrie. Toute l’armada de l’Otan est prête à violer le droit international et à semer la mort au nom d’un Bien imaginaire : sauver les populations civiles des armes chimiques d’el-Assad. Alors même que les seules preuves établies attestent la responsabilité des jihadistes, justement soutenus par des membres de l’Otan.

RÉSEAU VOLTAIRE | ROME (ITALIE) | 11 AVRIL 2017

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L’amirale Michelle Howard

Après l’attaque de missiles des États-Unis contre la Syrie, le ministre des Affaires étrangères, Angelino Alfano, a déclaré que l’Italie est préoccupée par la « sécurité et stabilité de la région méditerranéenne ». La façon dont elle y contribue est attestée par les faits.

Les deux navires de guerre états-uniens, le USS Porter et leUSS Ross, qui ont attaqué la base syrienne de Chayrat, font partie de la Sixième Flotte dont la base principale est à Gaète dans le Latium. Elle dépend du Commandement des forces navales US en Europe, dont le quartier général est à Naples-Capodichino. Le Commandement, qui a dirigé depuis Naples l’attaque décidée par le président Trump, est placé sous les ordres de l’amirale Michelle Howard, laquelle commande en même temps la Force conjointe de l’Otan dont le quartier général est à Lago Patria (Naples). L’opération guerrière a été soutenue par les bases états-uniennes en Sicile : la base aéronavale de Sigonella et la station de Niscemi du système Muos de transmissions navales, flanquées par la base d’Augusta où les navires de la Sixième Flotte et ceux de l’Otan sont approvisionnés en carburant et munitions, y compris missiles de croisière Tomahawk, ceux-la même utilisés contre la Syrie.

Le USS Porter et le USS Ross sont dotés de lanceurs verticaux Aegis avec missiles intercepteurs, installés aussi dans la base terrestre de Deveselu en Roumanie et dans une autre en construction en Pologne. Ils font partie du soi-disant « bouclier anti-missiles » déployé par les USA en Europe en fonction anti-Russie. Mais les lanceurs Aegis —documente leur propre constructeur Lockheed Martin— peuvent lancer des « missiles pour toutes les missions, dont des missiles de croisière Tomahawk ». Ceux-ci peuvent être armés aussi de têtes nucléaires. Les quatre navires lance-missiles Aegis, déployés dans la base espagnole de Rota sur l’Atlantique, sont envoyés, par roulement, par le Commandement de Naples en Baltique et Mer Noire, dans les zones adossées à la Russie. Le USS Porteravait participé à un exercice en mer Noire, avant l’attaque contre la Syrie. Le ministre Alfano l’a qualifiée d’ « action militaire proportionnée dans ses délais et son mode d’action, comme dissuasion d’ultérieures utilisations d’armes chimiques par Assad ».

Il a ainsi convoqué aujourd’hui à Lucques, de façon collatérale au G7 affaires étrangères, « une réunion spéciale pour relancer le processus politique sur la Syrie, élargie aux ministres des Affaires étrangères d’Arabie Saoudite, des Émirats Arabes, du Qatar, de la Turquie et de la Jordanie » : c’est-à-dire ces pays qui, dans le cadre d’un réseau international organisé par la CIA, ont fourni des milliards de dollars, des armes, des bases d’entraînement et des voies de transit aux groupes terroristes, y compris Daesh, qui depuis des années attaquent la Syrie de l’intérieur.

Juste au moment où était en train d’échouer cette opération, à laquelle l’Italie participe via les « Amis de la Syrie », et où était sur le point de s’ouvrir une négociation pour mettre fin à la guerre, le gouvernement syrien, soutenu par la Russie, a été accusé d’avoir massacré des civils, dont de nombreux enfants, par une attaque chimique délibérée.

Une ample documentation —rapportée par le Professeur Michel Chossudovsky dans le site Global Research [1]— démontre au contraire que c’est le Pentagone, à partir de 2012, qui a fourni par l’intermédiaire de contractants des armes chimiques et l’entraînement y afférent à des groupes terroristes en Syrie. Ceux-ci les ont utilisées, comme l’a prouvé en 2013 la Commission d’enquête de l’ONU conduite par Carla Del Ponte.

Preuves ignorées par l’Italie qui, pour « relancer le processus politique sur la Syrie », convoque ceux qui sont le plus impliqués dans la démolition de l’État syrien en l’attaquant de l’intérieur. Pendant que l’amirale Michelle Howard, après avoir dirigé depuis le quartier général de Naples —pont de commandement du porte-avions Italie— l’attaque de missiles contre la Syrie, la définit comme « exemple de notre force et capacité à projeter de la puissance dans le monde entier ».

Manlio Dinucci

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

[1] “When America’s “Progressives” Pay Lip Service to Imperialism. The Anti-War Movement is Dead. Trump’s Punitive Airstrikes against Syria. Noam Chomsky Favors "Regime Change"”, Michel Chossudovsky, Global Research, April 9, 2017.

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Trump et la troisime (et quadruple) guerre mondiale

L’escalade engendre toujours plus d’ escalade : le Monde est de nouveau au bord de nouvelles catastrophes guerrières. Il est grand temps de se mobiliser pour stopper les fauteurs de guerres colonialistes ricano-otano-occidentales ?… L’ Otan mène de plus en plus de guerres impérialistes ?… Un terrible aventurier, capable du pire, est arrivé au sommet du pouvoir mondial, … Hitler n’ est pas mort, … !

RoRo

Trump et la troisième (et quadruple) guerre mondiale

Trump et la troisième (et quadruple) guerre mondiale

Nicolas Bonnal 08/04/2017 Analyses 207 Vues

J’avais annoncé en 2014 sur pravdareport.com la nécessité pour soulager la colère du peuple américain d’un candidat Maverick, hors-système. Il est venu, on a été servis. Mais dans mon livre je vous avais prévenus : psy-op pour mise au pas. Je me répète :

« Relisant les pages informatives que nous avons rassemblées sur Donald Trump, nous traversons une crise morale. Tout nous semble boursouflé, truqué, presque minable. Ses affaires, sa fortune même semblent gonflées.Ses propos sont nuls ou scandaleux, ou ne méritent même pas d’être relevés.

Quelques propositions intéressantes et courageuses sont vite contredites. Sa politique est inapplicableet c’est tant mieux comme ça. Il suscite en outre tellement d’hostilité à l’étranger et dans les milieux importants (télévision, négoces) qu’il risque d’être ruiné avant même l’élection. »

Et la suite était simple à prévoir au chapitre XVII :

« …il semble que l’affaire Trump va servir d’opération psychologique au niveau mondial. Le système a peur des foules, et il a besoin de faire un exemple – en montrant le mauvais… L’accusation de racisme, de nazisme, de fascisme, de machisme par les médias, les excès ou soi-disant excès de Trump porteront leurs fruits ettout le petit monde du petit blanc frustré rentrera dans sa niche comme en France. »

Je n’avais pas osé citer le livre de Texe Marrs sur la symbolique des gestes et lemessage subliminal et Illuminati des portraits politiques. Ce livre montrait queTrump est un« apprenti », un associé du diable (il a prêté son méphitique duplex pour le tournage du satanique film de Taylor Hackford) et qu’il utilisait des poses et même ses cravates pour le montrer. Texe Marrs consacre une double page de photographies au Donald, dont une devant un miroir. Il analyse la symbolique maçonnique des gestes de Trump puis il rappelle que comme dans tous les films à message hollywoodiens, la présence à côté du miroir désigne un dédoublement de personnalité. Ici celui qui se fait élire et celui qui va gouverner. Le populiste pétaradant et le froid oligarque au service du gouvernement mondial et de notre extermination (voyez la sortie de Bill Gates sur la future pandémie).

On se référera enfin au classique de Cronenberg Dead Zone, avec Christopher Walken, pour comprendre dans quelle galère nous sommes embarqués.

Pour se faire élire Trump aura menti sur tout : sur ses intentions impériales, militaires, sur son rapport avec la Syrie. Mais comme disait le Jerusalem Post plus averti que la moyenne, Trump avait été sérieux lors de son speech à l’AIPAC. L’homme d’affaires failli savait ce qu’il faut faire et dire avec ceux que Dostoïevski nomme lesMaîtres du crédit.

Le peuple a voté pour l’homme de la paix, et il récolte la guerre. Wilson voulait faire du monde un lieu plus sûr pour la démocratie en 1917 et en déclarant la guerre aux Allemands. La vérité est que ses héritiers veulent faire du monde un lieu moins sûr par la démocratie. La démocratie est un idéal gnostique. Le monde ne sera jamais assez pur pour elle.

Trump avec sa dégaine d’Arlequin (dixit un lecteur malin de maurizioblondet.it) déclenche la troisième guerre mondiale. La Syrie va y passer, puis l’Iran, puis la Chine, puis la Russie. Dans cet ordre ou dans le désordre. Ce sera un effet démultiplié avec une dette de vingt ou quarante mille milliards.

Ne vous attendez, audacieux antisystèmes, ne vous attendez pas, dis-je, à une chute de l’activité militaire US du fait de la dette. Avec Rothschild et Montefiore, l’Angleterre tripla sa dette pendant les guerres napoléoniennes ; elle finit avec une dette à 200% du PNB en 1815 qu’elle passa un siècle à rembourser en affamant les ouvriers, les Irlandais et en parquant les Indiens et les aborigènes (aujourd’hui les aborigènes c’est nous : on est ruinés, parqués, envahis, gavés de vérité orwellienne). Mais ce n’est pas grave, Napoléon était coulé et le destin français avec lui, destin qui, dit le général, vire au vertige quand il ne dépend pas de la diplomatie anglo-saxonne (c’est dans les Mémoires encore et toujours).

La suite est facile à prévoir : un départ de Poutine ou une destruction de la Russie (une énième destruction de l’Europe au passage ne serait pas mal vue je crois) ; la grande confiscation du cash et de ce qui reste de libertés ; le contrôle resserré du web et de la pensée. Enfin, une meilleure liquidité pour asservir ce qui reste de monde.

Je suis plus pessimiste que la moyenne parce que j’ai plus lu que la moyenne, concernant surtout la démocratie et son atteinte éternelle aux libertés ou à la paix. On cite Debord :

Le destin du spectacle (la démocratie donc) n’est pas de finir en despotisme éclairé.

Quant à ce Trump, il m’a déjà inspiré ce rappel de mes cours de grec, enfant.

Ne prie jamais pour qu’on remplace un tyran ; car celui qui vient après est toujours pire.

Et maintenant allez respirer le bon air nucléaire. Ce sera la démocratie sans la terre.

– Nicolas Bonnal, Donald Trump, le Candidat du Chaos (lien)

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Appui du Vice-prsident du Parlement bruxellois aux anciens de lUnit doprations spciales!

Mais c’ est donc quoi ces élus "socialistes" de pacotilles: ils sont Belges (ou Turcs), de "gauche" (ou d’ extrême-droite), ils sont des "démocrates" européistes (ou pour la dictature des extrémistes islamistes radicalisés), ils soutiennent qui (la nouvelle tyrannie de Erdogan, vassal de Obama, ou quoi, …) (???)

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Mais qui donc menace qui en COREE depuis 70 ans, depuis la mainmise, l’ annexion, ricaine sur la COREE DU SUD ???

Washington envisage une action militaire contre la Corée du Nord

Washington envisage une action militaire contre la Corée du Nord

Stephen Gowans 18/03/2017

Dans Cette Rubrique

La Maison Blanche envisage une « éventuelle action militaire pour forcer au changement de régime » en Corée du Nord, une autre dans la longue suite de menaces que Washington a émises contre Pyongyang, en plus d’une agression ininterrompue dirigée contre le pays par les États-Unis dès sa naissance en 1948.

En plus de l’intervention militaire directe entre 1950 et 1953 contre la République populaire démocratique de Corée (le nom officiel du pays), l’agression américaine a consisté en de multiples menaces d’annihilation nucléaire accompagné du déploiement d’armes nucléaires tactiques en Corée du Sud jusqu’en 1991. Un redéploiement est aujourd’hui à l’étude à Washington.

La plus grande partie des menaces nucléaires étasuniennes contre Pyongyang ont été proférées avant que la Corée du Nord ne s’engage dans son propre programme d’armement nucléaire et constituent une des principales raisons pourquoi elle l’a fait. Le fait que le pays soit déclaré membre fondateur de l’Axe du Mal par l’administration Bush, en même temps que l’Irak et l’Iran, a donné un élan supplémentaire.

L’agression américaine contre la Libye de Kadhafi, après l’abandon par le dirigeant nationaliste arabe et africain du programme d’armement nucléaire de son pays, dans un vain effort pour parvenir à une entente avec l’Occident, n’a fait que renforcer la position de Pyongyang dans sa décision d’acquérir une dissuasion nucléaire solide et impérative. Commettre la maladresse de Kadhafi serait un suicide.

La Corée du Nord a en outre été menacée par des exercice militaires américains annuels, impliquant des centaines de milliers de soldats, effectués le long de ses frontières. Tandis que les dirigeants étasuniens décrivent le rassemblement, deux fois par an, d’importantes forces militaires à portée de la RPDC comme normale et défensive, il n’est jamais clair pour l’armée nord-coréenne si les manœuvres dirigées par les États-Unis sont des exercices défensifs ou les préparatifs d’une invasion. Par conséquent, les exercices sont objectivement comminatoires.

Des responsables américains ont décrit les exercices militaires russes le long de la frontière occidentale de la Russie comme des « provocations » et un signe de l’« agression » russe. Un officiel américain a dit: « Les Russes ont fait une quantité d’exercices rapides contre les frontières, avec beaucoup de troupes. De notre point de vue, nous pourrions prétendre que c’est un comportement extraordinairement provocateur. » Et pourtant, lorsque des troupes américaines et sud-coréennes font la même chose, tout près des frontières de la Corée du Nord, leurs actions sont jugées routinières et défensives. (Des menaces routinières, faut-il le souligner, ne deviennent pas des non-menaces simplement parce qu’elles sont habituelles.)

En plus de l’agression militaire, les États-Unis ont ajouté une agression économique qui dure depuis des décennies dans leur tentative de provoquer un changement de régime en Corée du Nord. Pendant près de soixante-dix ans, Washington a mené une guerre économique contre la RPDC, conçue pour faire ce que les sièges économiques sont censés faire : rendre la vie des gens ordinaires suffisamment difficile et misérable pour qu’ils se révoltent contre leur propre gouvernement.

Tandis que les États-Unis se pavanent dans le monde entier comme les champions auto-proclamés de la démocratie, tout en comptant des rois, des émirs, des sultans et des dictateurs militaires parmi leurs plus proches alliés, ils ont imposé des sanctions à la Corée du Nord pour la raison la plus profondément antidémocratique. Un rapport du Service de recherche du Congrès américain de 2016, North Korea : Economic Sanctions [Corée du Nord : sanctions économiques], énumère une liste détaillée des pénalités économiques imposées à la Corée du Nord pour avoir la témérité de pratiquer une économie « marxiste-léniniste » contraire aux prescriptions approuvées par Wall Street et Washington. Par conséquent, les États-Unis mènent une guerre économique contre des gens dans d’autres pays parce qu’ils n’aiment pas les décisions que ceux-ci prennent sur la manière d’organiser leurs propres vies économiques (et plus précisément parce que ces décisions ne correspondent pas aux intérêts lucratifs de l’Amérique des grandes entreprises, le seul secteur des États-Unis dont les voix comptent dans la politique américaine.) Qu’est-ce qui pourrait être plus hostile à la démocratie – et plus impérialiste – que cela ?

La décision des États-Unis d’envisager une action militaire contre la Corée du Nord pour forcer à un changement de régime peut être considérée comme une réponse aux « menaces » de Pyongyang, mais la RPDC, indépendamment de ses fanfaronnades, n’a jamais représenté une menace à la sécurité physique des États-Unis. Elle est beaucoup trop petite (sa population n’est que de 25 millions) et trop faible militairement (ses dépenses militaires annuelles atteignent moins de 10 milliards de dollars, submergés par les mises de fonds himalayennes de ses adversaires, des $36 milliards de la Corée du Sud aux $41 milliards du Japon et aux $603 milliards des États-Unis), pour représenter une menace importante, ou même une menace dérisoire. En plus, elle est totalement dépourvue de moyens pour déplacer une armée sur le sol américain, puisqu’elle manque de bombardiers à longue portée et d’une marine compétente.

Certes, Pyongyang a peut-être développé des ICBM capables d’atteindre les États-Unis, et elle peut avoir acquis le savoir-faire pour miniaturiser les ogives nucléaires qui peuvent être transportées au dessus d’eux, mais l’idée que Pyongyang lancerait une attaque offensive contre les États-Unis est risible. Le faire équivaudrait à une mêlée entre un porc-épic et un lion des montagnes. Comme les porcs-épics n’ont aucun espoir de vaincre les lions des montagnes, et qu’ils seraient massacrés dans leur tentative, ils évitent les confrontations avec les lions. Ils ont toutefois des piquants pour se défendre – l’équivalent des programmes nord-coréens d’armement nucléaire et de missiles balistiques – pour dissuader les lions des montagnes et d’autres prédateurs de les approcher de trop près.

La Corée du Nord est souvent critiquée pour être un pays garnison, fermé au monde extérieur. Pourtant on peut comprendre son insularité comme un impératif pour survivre en tant qu’État indépendant souverain dans un monde où les États-Unis insistent pour exercer un « leadership » mondial (c’est-à-dire en déniant à d’autres pays le droit à leur souveraineté) et en utilisant leur suprématie militaire pour contraindre le monde à marcher derrière leur domination sur l’économie mondiale.

Washington a mené une cyber-guerre contre la Corée du Nord, dont on pense qu’elle pourrait être responsable d’une série d’échecs de lancements de missiles qui ont récemment plombé le programme missile de la RPDC et, en plus, permet d’expliquer pourquoi le gouvernement du pays se méfie de l’ouverture. Vous ne facilitez pas le sabotage de votre propre pays en l’ouvrant à un gouvernement hostile qui s’est engagé à vous destituer. Et s’il devait encore y avoir des illusions sur ce que sont les intentions de Washington, considérez les paroles de John R. Bolton. En 2003, Bolton était le secrétaire d’État adjoint américain pour le contrôle des armements. Interrogé par le journaliste du New York Times Christopher Marquis sur la politique de Washington à l’égard de la Corée du Nord, Bolton « se dirigea vers une étagère, en sortit un ouvrage et le jeta sur la table. Il était intitulé The End of North Korea (La fin de la Corée du Nord). ‘Ça, c’est notre politique’, dit-il ». Les programmes d’armement nucléaire et de missiles de la Corée du Nord n’ont absolument rien à voir avec la volonté de Washington de mettre fin à la Corée du Nord, puisque cela a été la politique des États-Unis depuis 1948, l’année de la fondation de la RPDC, longtemps avant que Pyongyang se mette à développer des armes nucléaires et les moyens de les lancer. Au contraire, les raisons de l’hostilité de Washington résident dans l’économie et le refus de Pyongyang de se soumettre à la domination américaine.

Le mois prochain, la Corée du Sud augmentera significativement les récompenses qu’elle paie aux transfuges du Nord qui trahissent et diffusent des secrets d’État ou remettent de l’équipement militaire. Des responsables nord-coréens de haut rang recevront $860 000 pour déserter et vendre leurs compatriotes tandis que la même somme sera offerte aux pilotes pour piloter leurs avions de combat en Corée du Sud. Les marins qui livreront leurs navires de guerre à Séoul recevront aussi $860 000. En même temps, des paiements allant de $43 000 à $260 000 seront remis aux soldats de l’armée nord-coréenne qui désertent s’ils amènent avec eux des armes moins importantes comme des chars blindés ou des mitrailleuses.

La Corée du Sud, contrairement au Nord très menacé, est un appendice néo-colonial des États-Unis qui héberge des dizaines de milliers de soldats américains sur son sol, apparemment pour la protéger contre la RPDC, même si la Corée du Nord est plus faible militairement que son homologue sur la péninsule, dispose d’un équipement et de systèmes d’armes moins avancés et si ses dépenses militaires ne correspondent qu’à un quart de celles de Séoul. La Corée du Sud renonce à son contrôle souverain sur sa propre armée, le cédant de jure au commandement américain dans les périodes d’urgence et sinon de facto à son contrôle. Cela reflète l’histoire du pays. Il a commencé comme un régime de collaborateurs avec les Japonais, des collaborateurs qui ont fait passer leur collaboration aux nouveaux seigneurs américains à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Pendant ce temps, au nord, ce sont les guérilleros qui ont combattu la colonisation japonaise et ont donné leurs vies pour l’affranchissement de la Corée du contrôle étranger qui ont fondé le gouvernement à Pyongyang. Alors, comme aujourd’hui, une moitié de la péninsule de Corée manifestait une farouche indépendance, tandis que l’élite de l’autre moitié se soumettait à un colosse impérialiste (contrairement à un mouvement populaire de guérilla dans le Sud qui a cherché, sans succès, à secouer le joug de l’oppression des gouvernements collaborationnistes et de leur suzerain étasunien).

L’hostilité de la Corée du Sud à l’égard de son voisin du Nord favorable à l’indépendance, parallèlement aux sept décennies ou presque d’agression ouverte des États-Unis contre la RPDC, est directement responsable de la fermeture et du caractère de pays garnison autoritaire de l’État nord-coréen. L’orientation anti-démocratie libérale du pays n’est pas l’expression d’une préférence idéologique pour un État policier plutôt que de droit, mais une adaptation à une réalité géopolitique. La nature de l’État nord-coréen, sa stratégie militaire et ses programmes d’armement nucléaire et de missiles sont des conséquences de son engagement idéologique pour l’indépendance, jointes à ses difficultés à tracer une voie indépendante au milieu de voisins hostiles et beaucoup plus forts dont le patron étasunien insiste sur la soumission nord-coréenne.

Lorsque le jeune État bolchevique était entouré d’ennemis plus forts que les Bolcheviques sous de nombreux aspects, Lénine a soutenu que laisser la liberté de s’organiser aux ennemis de la révolution serait auto-destructeur. « Nous ne souhaitons pas nous éliminer nous-mêmes en nous suicidant et par conséquent nous ne le ferons pas », a déclaré le dirigeant bolchevique. En se ralliant volontairement à une démocratie libérale sans restriction – une société ouverte – la Corée du Nord mettrait également en péril le projet nationaliste ce qui se traduirait par une faillite qu’elle s’infligerait à elle-même.

La RPDC est aussi critiquée pour être une cause perdue économiquement, bien que ses souffrances économiques soient presque invariablement exagérées. Néanmoins, près de soixante-dix ans de guerre économique et les contraintes de maintenir une armée assez forte pour dissuader l’agression de voisins hostiles et de leur patron impérialiste ont nécessairement des conséquences néfastes. Essayer de faire tomber la RPDC en lui imposant des sanctions commerciales, travailler à couper Pyongyang du système financier mondial et pousser le pays à une position où il a été contraint de faire de lourdes dépenses de défense pour survivre (on estime que Pyongyang alloue 15% à 24% de son PIB à sa défense, comparés aux 2.6% de la Corée du Sud et aux 3.3% des États-Unis), puis attribuer ses difficultés économiques au fait qu’elle n’est pas une « économie de marché », comme Washington l’a fait, est extrêmement malhonnête.

Peut-être est-ce une façon de mesurer le bellicisme des États-Unis que leurs menaces de guerre soient traitées comme assez routinières pour pouvoir être mentionnées négligemment dans la presse sans soulever beaucoup d’attention ou susciter des protestations. Selon un calcul, les États-Unis ont été en guerre pendant 224 des 241 années de leur existence. Dans le contexte de leur culte permanent et dévot à Mars [le dieu de la guerre, NdT], l’examen par Washington des mérites de l’engagement dans une nouvelle guerre fait de cette dernière éruption de belligérance un spectacle familier. Cela pourrait expliquer la tranquillité avec laquelle la possibilité d’une intervention militaire contre la Corée du Nord a été accueillie. Ce qui contribue à la tranquillité est la réalité que la guerre avec la RPDC ne requerrait pas la participation de l’immense majorité des citoyens américains, mis a part leurs applaudissements aux tribunes. Cela, joint à la totale diabolisation de la Corée du Nord, rend une intervention militaire (si elle devait se faire) facile à accepter pour le public américain, ou du moins à la repousser aux marges de leur conscience.

La révélation que la Maison Blanche envisage une action militaire contre sa victime de longue date a été discrètement insérée dans un article du Wall Street Journal, et on a pensé qu’elle portait si peu à conséquence qu’elle ne méritait même pas de figurer en première page. Au lieu de quoi, le gros titre de l’article mentionnait que la Corée du Nord avait lancé « quatre missiles balistiques dans les eaux au large de la côte, dit la Corée du Sud », conformément à la représentation de la RPDC comme signe de menace. Par conséquent, l’annonce qu’une frappe militaire américaine est envisagée contre la Corée du Nord pourrait être considérée comme une réponse légitime à une prétendue provocation de celle-ci, plutôt que de présenter plus raisonnablement l’essai de lancement de missiles balistiques comme une réaction légitime à près de soixante-dix ans de belligérance étasunienne.

Certains progressistes, préoccupés par le rythme croissant des bruits de sabre américains contre Pyongyang, adjurent Washington de négocier un traité de paix avec la RPDC en échange, pour la Corée du Nord, de refaire la folie de Kadhafi et de démanteler ses programmes d’armement nucléaire et de missiles balistiques. L’idée que les États-Unis rendront la pareille n’est jamais prise en compte et elle est vue comme chimérique. L’arrangement préféré est celui d’un apartheid des armes nucléaires où les États-Unis et leurs subalternes conservent leurs armes nucléaires comme une nécessité « évidente » d’autodéfense et un rempart contre le « chantage nucléaire », tandis qu’on attend du reste du monde qu’il se soumette volontairement au chantage nucléaire des États-Unis et des membres établis du club de l’armement nucléaire.

Presque tout aussi chimérique, cependant, est l’idée que la RPDC renoncera à ses armes nucléaires et aux moyens de les lancer. Les États-Unis ont involontairement créé des conditions qui rendent un programme nord-coréen d’armement nucléaire presque inévitable, et tout à fait adéquat du point de vue de Pyongyang. Pour une dissuasion nucléaire, non seulement il oblige Washington à une extrême circonspection dans le déploiement de ses moyens militaires contre la RPDC, il permet aussi à Pyongyang de réduire ses dépenses en dissuasion conventionnelle, libérant des ressources pour son économie civile. Les armes nucléaires sont rentables. Cette réflexion est implicite dans la « politique nord-coréenne du Byungjin », « le ‘programme à deux voies’ visant à construire l’économie et l’armement nucléaire, défini dans la résolution adoptée par la 7e congrès du Parti des travailleurs de Corée en mai dernier, comme son ‘orientation stratégique permanente’ ».

James Clapper, l’ancien chef du renseignement américain a dit au groupe de réflexion dirigé par Wall Street, The Council on Foreign Relations, d’oublier de négocier un accord nucléaire avec Pyongyang. « Je pense que l’idée d’obtenir des Coréens du Nord qu’ils se dénucléarisent est une cause perdue, a dit Clapper en octobre dernier. Ils ne vont pas le faire. C’est leur ticket de survie. Et j’ai eu un avant-goût de cela, lorsque j’étais là-bas, sur à quoi le monde ressemble de l’endroit où ils se trouvent. Et ils sont assiégés… Donc l’idée de renoncer à leur capacité nucléaire, quelle qu’elle soit, est une ineptie pour eux. »

« Donc un genre de négociations comme avec l’Iran, qui fixerait un plafond ou une suspension n’est pas envisageable – votre expérience diplomatique en déduit que c’est peu susceptible d’arriver », lui a-t-on demandé.

Clapper a répondu : « Je ne le pense pas. »

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par M pour le Saker francophone

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En ce 08 mars 2017: Les femmes, il y a plus de 50 ans, …  » travail gal, salaire gal »,…

Il y a 50 ans, la grve des femmes de la FN Herstal : Nous, les femmes, on a refus

Sur cette photo emblmatique, on voit Lucie Henrard, un des femmes-machines, meneuse de la grve. On a longtemps cru qu’il s’agissait de Charlotte Hauglustaine (FGTB), prsidente du Comit de grve de la FN, mais, en janvier 2016, la vrit a t rtablie grce au journal La Meuse. (Photo archivesdutravail.org)

Herstal

14 Fvrier 2016

Thema’s

Industrie de l’armementHistoireFemmes

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Quentin Vanbaelen

En 2015, en Belgique, les femmes gagnent en moyenne 22 % de moins que les hommes. Il y a 50 ans, Herstal, quelque 3000 ouvrires ont lanc lune des plus importantes grves de lhistoire du pays sous le slogan travail gal, salaire gal .

Le 16 fvrier 1966, les travailleuses de la FN dHerstal se lanaient dans un mouvement de grve qui allait durer douze semaines. Elles allaient marquer lhistoire du mouvement ouvrier belge, mais aussi celle du mouvement fministe.

Une galit loin dtre acquise

En thorie, lgalit salariale tait cense tre acquise. Le Trait de Rome, adopt en 1957 par les pays fondateurs de la future Union europenne (Allemagne, France, Italie, Belgique, Luxembourg et Pays-Bas), demandait aux pays signataires de linstaurer dans un dlai de 5 ans. Cependant, si le principe avait t concd par les gouvernements et le patronat, la pratique se rvlait encore bel et bien ingalitaire. En Belgique, o les ngociations salariales relvent des secteurs professionnels, une convention signe en 1962 pour le secteur des fabrications mtalliques avait ramen en 1965 lcart 85 %. Et encore, ce chiffre ne tient pas compte du fait que des mtiers ou fonctions occupes majoritairement par des femmes sont moins valorises.

Le 8 novembre 1965, de nouvelles ngociations souvrent. Les discussions sont rudes : les patrons freinent tant quils peuvent. Le 18 fvrier 1966, un projet daccord est conclu. Il ne comble pas le trou, mais prvoit de porter les salaires des femmes entre 90 et 96,6 % de ceux des hommes dans les trois classes de salaires les plus basses, dans lesquelles les femmes sont cantonnes.

Pourtant, mme si le projet est conclu par les partenaires sociaux, il est trop tard pour viter la colre des ouvrires. Lorsque le projet est sign, les travailleuses de la FN en sont dj deux jours de grve.

5 francs pour les femmes-machines

La direction de la FN voulait attendre la conclusion dun accord national avant de lancer les ngociations au sein de lentreprise, qui possde sa propre chelle barmique. Mais les ouvriers, et surtout les ouvrires, suivent de prs lvolution de la situation. En janvier 1966, des assembles syndicales ont lieu rgulirement pour informer les travailleurs de lavance des ngociations et de labsence de celles-ci la FN.

Les ouvrires en ont marre de subir linjustice et ne veulent plus attendre. Le 9 fvrier, elles dbrayent spontanment. Les dlgus leur demandent de reprendre le travail et sengagent mettre la pression sur la direction pour lancer les ngociations internes. Une semaine plus tard, le 16 fvrier, face un refus persistant de la direction, 3000 ouvrires se mettent en grve. Elles quittent lusine et manifestent dans les rues dHerstal, au rythme du tube de Henri Salvador Le travail cest la sant, dont elles ont rcrit les paroles : Le travail cest la sant, mais pour cela il faut tre pay.

Le travail de celles quon a baptises les femmes-machines est dur : Les machines sont vtustes, sur 4000 machines, 2800 datent davant-guerre, les poulies, les courroies de transmission apparentes, le bruit infernal, la salet, labsence de douche, rien quun seau deau froide attach leur chaise , se souvient Annie Massay, permanente Setca lpoque, qui a activement soutenu la grve.

Quant au salaire, les ouvriers hommes les moins qualifis commencent avec un salaire de classe 4, alors que les femmes nont accs quaux classes 1 3. En outre, il leur est impossible de progresser, puisquelles sont exclues de toute possibilit de formation interne et donc de promotion. Concrtement, lpoque, les graveurs gagnent 69,50 francs et les graveuses, 65 francs. Les rviseuses gagnent en moyenne 32 francs, les rviseurs, 43 francs. Les emballeuses touchent 32,49 francs, les emballeurs, 43,87 francs ; les manuvres masculins, 39,75 francs, les femmes-machines, 36,49 francs et les hommes spcialiss aux machines, 50,77 francs. 1

Cest pourquoi, lissue de la premire assemble gnrale, qui a lieu le 17 fvrier dans la salle La Ruche, la maison du peuple dHerstal, les femmes se mettent daccord sur une revendication daugmentations jusqu 5 francs de lheure.

Or le projet daccord conclu le 18 fvrier par les partenaires sociaux dans le secteur du mtal ne prvoit quun franc daugmentation horaire pour les femmes. Pas de quoi remettre les grvistes au travail, loin de l.

Coll. Carhif, Bruxelles.

Les femmes lavant-garde

Convaincre les permanents syndicaux de soutenir la grve aura t une victoire en soi. En effet, dans le mouvement progressiste lui-mme, il y a encore beaucoup de travail pour raliser lgalit. Ainsi, la FN, si les femmes reprsentent 30 % de la main-duvre, elles ne sont que 6,5 % des dlgues FGTB et 9 % la CSC.

Les responsables syndicaux, bien que daccord avec lgalit en principe, craignaient en loccurrence que la mise en avant de problmes qui ntaient que ceux des femmes, divist lunit ouvrire .2

Cependant, face la dtermination des ouvrires, les permanents dcident de soutenir la grve et, lors de la deuxime assemble gnrale, le 21 fvrier, les syndicats confirment que la grve est soutenue et que les grvistes seront indemnises. Les responsables dfendront aussi les grvistes face aux attaques de lestablishment. Et celles-ci sont dures.

Dabord, il y a le silence. Il a ainsi fallu plus dun mois pour quun premier reportage tlvis soit ralis sur la grve. Et, si la radio et plusieurs journaux en parlent, ce nest pas toujours positivement. Seuls Le Drapeau rouge, quotidien du Parti communiste, et dautres journaux progressistes rapportent rellement les vnements et soutiennent les grvistes.

Ensuite, il y a le sexisme. Le salaire des femmes tait encore souvent considr comme un revenu dappoint pour les familles, o ctait lhomme qui devait ramener largent. Le patronat jouait autant que possible l-dessus pour rduire les cots de la main duvre. De mme, les patrons se plaignaient du taux important dabsentisme chez les femmes. Ce quoi la dlgue CSC Jenny Magne rpondit dans un article le 2 avril : Pourquoi cet absentisme ?… Pour cause de mauvaises conditions de travail, le travail des femmes-machines est trs dur () Elles tournent entre 4,5 ou 6 machines pendant 9 heures (). Elles rptent longueur de journe, les mmes gestes dans lhuile () Elles sont comme des robots. Le patron se plaint de labsentisme des femmes. Que fait-il pour le rduire ? Augmenter les productions sans cesse ! Je voudrais lui donner un conseil : quil cre des crches et des garderies pour les enfants des femmes qui travaillent la FN car elles ne sabsentent pas toujours pour elles. 3

Enfin, il y a les arguments classiques pour tenter disoler les grvistes des autres travailleurs et de la population. Les travailleuses de la FN ntaient pas les ouvrires les moins bien loties, et elles ont donc t taxes de privilgies . Et le nouveau gouvernement, en place depuis la mi-mars et compos de sociaux-chrtiens et de libraux, plaidait avec le patronat pour la fin de la grve sous prtexte quelle tait dommageable pour la rgion ligeoise, voire pour lentreprise mme. Et ce, bien que la FN connaisse une croissance et que les actionnaires naient pas se plaindre.

Solidarit internationale

Le 28 fvrier, un comit de grve officiel est constitu. Il fait suite la cration dun comit daction une semaine avant, mais est cette fois davantage li aux syndicats. Le comit, compos de 29 grvistes, nomme Charlotte Hauglustaine (FGTB), prsidente, et Rita Jeusette (CSC), secrtaire. Ce comit aura un rle important dans lorganisation de la solidarit avec les grvistes.

Dbut mars, aprs deux bonnes semaines de grve, la situation devient de plus en plus difficile. la fin de la grve, 5 000 hommes seront au chmage technique, dans limpossibilit de travailler tant les fonctions des femmes sont indispensables.

Pour beaucoup, la grve constitue une grande perte financire. Beaucoup de couples travaillent la FN, et certains voient leurs revenus diminuer fortement pendant la dure de la grve, dautant que la direction refuse aux ouvriers en chmage technique une indemnisation complmentaire. Une manire de monter les hommes contre les grvistes, qui ne marche pas : une ptition circule ainsi parmi les ouvriers pour exprimer leur solidarit envers les femmes.

La solidarit concrte sorganise donc. Les journaux progressistes participent aux campagnes de soutien, et le comit de grve se charge de rpartir les dons. Ceux-ci proviennent mme de ltranger : des syndicats et mouvements de femmes en France et aux Pays-Bas, notamment, apportent leur soutien aux femmes de la FN. 34 000 francs belges sont ainsi envoys par la CGT franaise.

Tche dhuile

Au fil des semaines, les ngociations continuent sans progresser. Les propositions de la direction et du conciliateur social sont toujours en-dessous des revendications.

la mi-mars, la grve fait tache dhuile. Le 11 mars, les travailleuses des ateliers Jaspar-Westinghouse Awans-Bierset obtiennent une victoire avec une augmentation de salaire. Le 14, les ouvrires des ACEC de Herstal partent en grve, laquelle stendra aux ateliers de Charleroi le 12 avril. Le 22 mars, ce sont celles des Ateliers Schrder dAns qui suivront le mouvement.

La direction, voyant la mobilisation grandir, crit une lettre chaque grviste, qui sera rpercute dans Le Soir sous le titre La FN de Herstal va-t-elle devoir fermer ses portes ? Un appel pressant du patronat aux grvistes . Lobjectif est clair : faire peur et pousser les ouvrires reprendre le travail. Mais rien ny fait, et la grve se poursuit.

Le 7 avril, une premire manifestation a lieu Herstal. Elle rassemble les travailleuses de la FN, des ACEC et des Ateliers Schrder. Les organisations syndicales lancent alors, le 16 avril, un appel manifester dans les rues de Lige le 25 avril, en invitant toutes les organisations qui soutiennent les grvistes participer. Cr dans la foule de lappel manifester, le comit travail gal, salaire gal , deviendra lun des points dappui des grvistes (voir lencadr).

Face la pression de lannonce de la manifestation, les ngociations sacclrent. Dautant que les grvistes des ACEC obtiennent victoire avec une augmentation de 2 francs ainsi que la promesse dune rvision des classifications.

Le 25 avril est une russite : plus de 5 000 personnes parcourent les rues de Lige sous le slogan travail gal, salaire gal . Des dlgations de plusieurs organisations fministes, des syndicalistes de tout le pays, ainsi que dautres pays dEurope sont prsentes. Les travailleuses des ACEC, des banques et de grands magasins ont arrt le travail le temps de la manifestation, par solidarit. Dans toute lEurope, les mdias ont parl de la grve des femmes Herstal et le 1er Mai est ft sous le signe de lgalit salariale.

Photo archivesdutravail.org

Les femmes taient davantage conscientes de leurs droits

Finalement, le 4 mai, syndicats et direction concluent un accord. Celui-ci est approuv lors de lassemble du 5 mai par 1320 voix pour, 205 contre et 20 bulletins nuls. Les travailleuses ont la garantie dune augmentation horaire de 2 francs ds la reprise et de 0,75 francs au 1er janvier 1967. Une commission pour lgalisation des salaires sera galement mise sur pied. Les grvistes de la FN nont pas obtenu les 5 francs demands, lgalit nest pas acquise et, dans laccord, la direction a russi imposer la lutte contre labsentisme fminin.

Cest pourtant bel et bien une victoire. Dabord, il y a une augmentation qui est plus de deux fois plus importante que ce qui avait t concd dans laccord national. La grve a aussi pouss la tenue dune Commission sociale du Parlement europen sur la non-observation par les pays membres de lgalit salariale prvue par le Trait de Rome, ainsi quun arrt royal en 1967 qui prne lgalit entre hommes et femmes.

Aprs la grve, on a eu quelques amnagements au niveau de lhygine, mais les femmes taient surtout davantage conscientes de leurs droits , expliquait Rita Jeusette.4 Les ouvrires de la FN mneront ainsi une nouvelle grve importante en 1974, qui permettra une vritable amlioration des conditions dhygine, de travail, et ouvrira aux femmes 60 postes qui leur taient jusqualors inaccessibles.

Mais lenjeu tait plus large. Les grvistes ont inspir dautres femmes en Belgique et en Europe, et ont permis une volution importante dans le mouvement syndical. Tant la FGTB que la CSC publieront respectivement en 1967 et 1968 des documents et positions sur les droits des femmes au travail. lpoque, jtais la seule permanente femme de la FGTB en Belgique, explique Annie Massay. Depuis, les choses ont bien chang. Dans la foule de la grve de la FN, les femmes syndicalistes ont obtenu la modification des statuts de manire assurer la prsence de nombreuses femmes dans les organes de dcision.

Les grvistes ont galement lutt contre les conceptions propos du travail des femmes, en revendiquant un salaire part entire, qui leur permette de vivre et dtre indpendantes. De mme, les grvistes obtiendront la cration de la crche communale dHerstal. La combinaison des revendications salariales et dordre socio-conomique se sont, au fil de la lutte, combines celles touchant plus largement les droits et la place des femmes dans la socit.

La grve des femmes de la FN a ainsi ouvert la voie la seconde vague de fminisme. Ce que les femmes ont surtout obtenu, cest la prise en compte des problmes de la vie prive dans les positions et les revendications syndicales : crches, prise en compte des familles monoparentales, contraception, avortement, approche non discriminatoire de lducation des filles , analyse Annie Massay.

Aussi, lorsque les ouvrires reprennent le travail, le 10 mai 1966, elles entrent la tte haute dans lusine, en chantant une dernire fois leur chant de lutte. Elles avaient crit lhistoire, apport une pierre essentielle ldifice de la lutte (des) ouvrire(s), et contribu paver le long et encore inachev chemin vers lgalit.

1. Marie-Thrse Coenen, La grve des femmes de la FN en 1966, 1991, Pol-His (CRISP) 2. Michel Copp, Les travailleurs aussi fabriquent lhistoire de la FN, 1989, Fondation Andr Renard et Fdration syndicale des mtallurgistes de la province de Lige 3. Cit dans Marie-Thrse Coenen, ibid. 4. Cit dans Marie-Thrse Coenen, ibid.

Photo archivesdutravail.org

Le comit travail gal, salaire gal

Fond le 21 avril 1966 Bruxelles, le comit travail gal, salaire gal est le fruit de la mobilisation des ouvrires de la FN. Son premier but est de les soutenir, et notamment de faire de la manifestation du 25 avril une russite. Mais le comit, dans lequel on retrouve des personnalits des mouvements fminins ouvriers, socialistes et communistes, perdurera.

Son rle devient alors plus gnral, et il fait le lien entre les revendications directes des ouvrires et la question plus gnrale de la place des femmes. Le comit sera notamment actif la fin des annes 1960 et dbut des annes 1970 dans la lutte pour la contraception et lavortement.

La chanson des grvistes

Photo Fondation Leon Desarcy

Le travail cest la sant
Rien faire cest la conserver
Les prisonniers du boulot
Font pas de vieux os

Les dlgus ont demand
La direction a refus
Mais nous les femmes, il faut marcher
Pour faire trotter nos dlgus

Le travail cest la sant
Pour a faut tre augments
Sils refusent de nous donner
Faut pas travailler

La direction a propos
Cinquante centimes aux dlgus
Mais nous les femmes on a rfus
On ndemande pas la charit

Le travail cest la sant
Pour a faut tre augments
Les centimes cest pas assez
Pour se faire crever

chanter sur lair de Le travail cest la sant dHenri Salvador, parue en 1965.

Des vnements

Dans le cadre des 50 ans de la grve des femmes de la FN, Marianne, le mouvement de femmes du PTB, organise une CommmorAction le 20 fvrier prochain.
Au programme : une balade dans Herstal sur les traces de la grve, la projection dun documentaire, des tmoignages danciennes ouvrires ainsi que dAnnie Massay, permanente syndicale implique dans le combat lpoque, ainsi que des rencontres syndicales et sur la proposition du PTB de semaine des 30 heures.
Rendez-vous 10h Mdecine pour le Peuple Herstal, av. Francisco Ferrer 26, 4040 Herstal.

La FGTB et la CSC de Lige organisent, du 15 fvrier au 26 mars, une exposition en collaboration avec lIHOES et le Carhop : Femmes en colre. Leur combat dhier et daujourdhui pour demain. Elle aura lieu dans les anciens btiments Pr-Madame, Herstal. Plus dinfos sur femmesencolere.be.

Lingalit persiste, notamment cause des strotypes de genre

50 ans aprs la grve, lcart salarial entre hommes et femmes reste prsent en Belgique. Pour Maartje De Vries, prsidente de Marianne, le mouvement de femmes du PTB, le combat fministe continue aujourdhui, dans la ligne de celui men par les grvistes de la FN.

Aujourdhui, 50 ans plus tard, cest avec fiert que nous nous rappelons la lutte historique mene par les travailleuses de la FN en 1966. Le but ? Un salaire gal pour un travail gal. Et, bien que laugmentation de 5 francs horaires demande nait pas t acquise, il sagit dune victoire. La grve des femmes de la FN est dune importance capitale pour notre histoire sociale, pour le fminisme en Belgique et pour lintgration des femmes et de leurs revendications dans les syndicats.

Aujourdhui, lcart salarial reste de 22 %. Lingalit persiste sur le march du travail. Les femmes travaillent en moyenne moins temps plein que les hommes, ce qui explique en partie lcart salarial. Beaucoup travaillent dans des secteurs majoritairement fminins, avec des bas salaires et peu demplois temps plein ; dautres soccupent de la famille et des proches, et le strotype qui veut que les femmes soccupent des soins et de lentretien du mnage les maintient dans cette situation. Concilier famille et travail temps plein est donc souvent infaisable et, pour beaucoup, la seule solution est de travailler moins pour moins dargent. Or cela implique que non seulement elles gagnent moins que les hommes, mais cotisent moins pour leur pension, ce qui les rend plus susceptibles de tomber dans la pauvret plus tard dans leur vie. Tout cela est encore empir par les mesures du gouvernement, qui coupe dans laccueil de lenfance et qui diminue lallocation de revenus garantis, par exemple.

Une autre politique est ncessaire pour en finir avec lcart salarial, une politique qui redistribue la collectivit lnorme richesse produite. Une politique qui investit dans des services publics forts, prend ses responsabilits en matire de soins, qui donne de loxygne aux gens, en assurant des emplois de qualit pour lesquels on ne se tue pas la tche. Ceci est possible avec la semaine des 30 heures. La diminution collective du temps de travail avec maintien de salaire constitue une cl pour combler cet cart entre les salaires des hommes et des femmes.

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Rien de tel que la police et l’ armée d’ engagés dans les rues pour « sécuriser » la population conte le terrorisme : voici comment cela se passe en Angleterre, … !

2 mars 2017

Angleterre : La police tase un homme aveugle, pensant que sa canne était une arme

Ce 23 février, des agents de la police de Manchester sont intervenus à la Levenshulme Station après avoir reçu un appel qui indiquait la présence d’un homme muni d’une arme à feu. Après que les agents aient demandé à l’homme de "lâcher son arme", ils ont utilisé un taser et lui ont infligé une décharge de 50.000V. L’homme s’est évanoui et a ensuite été arrêté par les policiers. L’homme était en fait une personne malvoyante de 43 ans, "l’arme à feu" sa canne blanche. La police a ensuite déclaré en défense de ses agents "Ils ont répondu rapidement à l’incident pour s’assurer de la sécurité de la communauté de Levenshulme", alors qu’elle avait reconnu "qu’aucune menace n’existait en fait".

Ce n’est pas une première pour la police britannique, en octobre 2012 elle avait déjà attaqué une autre personne aveugle en ayant confondu sa canne blanche avec "un sabre de samouraï". Cette première victime a d’ailleurs réagi à cette nouvelle agression, soulevant qu’aucune leçon n’avait été apprise depuis.

Taser

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Revenons 6 ans en arrire: quand c’ est l’ OTAN qui commet des crimes de guerre, …

Revenons 6 ans en arrière(en 2011): quand c’ est l’ OTAN qui commet des crimes de guerre, … contre les civils ciblés:

Libye: « J’ai tout perdu. Ma femme. Mes enfants. Mon pays »

Par Christophe Lamfalussy
Mondialisation.ca, 08 novembre 2011
La Libre 7 novembre 2011

Thème: Guerre USA OTAN

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Libye: « J’ai tout perdu. Ma femme. Mes enfants. Mon pays »

Le Libyen Khaled Hamidi a déposé plainte en Belgique contre l’Otan.

Désormais recherché par Interpol, il s’explique dans une interview au Caire.

C’est un homme en état de choc que “La Libre” a longuement rencontré dans un hôtel du Caire. Un homme dont le destin a basculé en quelques minutes en juin dernier et qui se raccroche à quelques photos de famille. Un homme que le nouveau pouvoir libyen recherche à travers une notice rouge d’Interpol, et qui accuse, dans le même temps, l’Otan d’avoir décimé sa famille.

Khaled El Hamidi, 37 ans, fils d’un général libyen à la retraite, a perdu sa femme enceinte et ses deux enfants dans une frappe de l’Otan. Il a déposé plainte dans les mains de la justice belge. “J’ai tout perdu”, nous dit-il dans le salon de l’hôtel. ”Ma femme. Mes enfants. Mon pays. Ma maison. Mon argent.”

Le vent a radicalement tourné pour ce jeune Libyen. Issu d’une famille aisée et très proche de Kadhafi, l’avancée des troupes du Conseil national de transition (CNT) l’a forcé à fuir le pays début septembre. Premier arrêt en Tunisie, puis au Caire où un ami lui a prêté un appartement.

“Ma famille est dispersée. Nous sommes devenus des exilés. Mais je crois en Dieu et au destin”, ajoute-t-il.

Khaled El Hamidi ne comprend pas pourquoi l’aviation de l’Otan a frappé à huit reprises la maison de son père et de sa famille, le dimanche 20 juin à 1h45. Treize civils sont morts dans l’opération : sa femme Safa (34 ans), son garçon Khewldy (3 ans), qui avait fêté son anniversaire la veille, sa fille Khalida (4,5 ans), un neveu, une tante, un cousin, deux jeunes filles au pair marocaines, deux enfants du voisinage et plusieurs membres du personnel, dont un garde.

“Le samedi 19 juin, nous avons fêté l’anniversaire de Khewldy”, raconte son père, les larmes aux yeux. ”Il m’a dit le matin qu’il voulait aller à Eurodisney et devenir Spiderman. Je lui ai promis qu’on irait. L’après-midi, j’ai tourné en motocyclette autour de la maison pour les enfants. Il y en avait des tas pour l’anniversaire. Je suis sûr que l’Otan a vu cela, avec tous les moyens qu’elle a ! La dernière chose que mon petit garçon m’a dite, c’est “je t’aime plus que tout”. Il m’a embrassé. Il avait trois ans.”

Les forces du CNT avançant progressivement grâce aux frappes de l’Otan, la famille El Hamidi savait que la situation empirait. ”J’ai dit aux jeunes que Kadhafi était un être humain, qu’il allait comme les autres mourir. Mais que la Libye ne mourra jamais.”

En soirée, Khaled El Hamidi s’est rendu à sa maison de Tripoli. Il a dîné avec deux amis. Sur le chemin du retour, vers Sorman, où se trouve la résidence familiale, quelqu’un a appelé son téléphone portable. “Nous étions proches de la maison”, dit-il. ”La dernière explosion a été horrible. Quand je suis arrivé, il ne restait plus rien.”

A plusieurs reprises, l’Otan a expliqué à la presse avoir visé à Sorman un “centre de commandement et de contrôle militaire” des forces pro-Kadhafi, mais le récit de El Hamidi contredit cette version. Dans la tradition arabe, la maison visée abritait toute la famille. Elle était hérissée d’une dizaine de coupoles satellite permettant, selon Khaled El Hamidi, de recevoir la télévision dans chacune des chambres. Le compound comprenait une maison en forme de “L”, une annexe et deux tentes bédouines. Avec une précision redoutable, les huit bombes ont tout détruit – sauf la chambre où le patriarche de la famille dormait.

Le père du plaignant, l’ancien général Khouildi El Hamidi, 70 ans, en a donc réchappé. Il fut l’un des douze compagnons de la révolution que Kadhafi mena en 1969 pour renverser la dynastie al-Senussi. Après avoir été brièvement détenu en Tunisie début septembre, il a été laissé libre, avec interdiction de quitter le territoire tunisien.

“Mon père était très proche du régime, il était une figure historique, mais n’était plus dans l’armée. Il n’avait pas d’activité politique”, dit-il, en ajoutant : ”Même si mon père était le diable et avait tué des civils, pourquoi tuer des enfants, pourquoi cette famille ? Vous êtes venus avec une résolution pour protéger des civils !”

Les El Hamidi étaient proches des Kadhafi. L’une de leurs filles a été mariée à Saadi Kadhafi, troisième fils du leader, grand amateur de football, dont les frasques dans les boîtes d’Italie et d’ailleurs ont défrayé la chronique. Il est aujourd’hui réfugié au Niger, et également recherché par Interpol.

Khaled El Hamidi, qui gérait à Tripoli une société de conseil en ingénierie, a souvent parlé de ses projets avec Kadhafi. Ancien étudiant à Genève, il joua un rôle d’intermédiaire pour le gouvernement libyen lors de l’arrestation de deux hommes d’affaires suisses et était à la tête d’une organisation humanitaire qui aide des enfants palestiniens de Gaza. Il décrit aujourd’hui Kadhafi comme un homme arrogant et qui avait perdu tout sens des réalités. Mais il souligne aussi son héritage, notamment son action en Afrique.

Sur son Iphone, Khaled El Hamidi a enregistré les vidéos qui montrent la capture de l’ancien leader libyen. Dans l’une d’elles, on voit un jeune milicien abuser sexuellement de Kadhafi. “Quelle humiliation pour ce vieil homme !”, dit-il, persuadé que le leader libyen “n’a compris qu’au dernier moment que son heure était venue”. Dans une autre, on voit un autre fils de Kadhafi, Mouatassim, hirsute, assis par terre dans une pièce. Il a été arrêté vivant. Il a été exécuté.

Le jeune Libyen est pessimiste pour l’avenir de la Libye. Il croit que la guerre n’est pas finie et que les tribus proches de l’ancien leader vont se rebeller. “A Syrte”, dit-il, ”ils ont tué près de 1 000 membres de la tribu de Kadhafi. Le problème des Occidentaux, c’est qu’ils sont naïfs. Ils n’évaluent pas la culture des pays dans lesquels ils interviennent.”

Khaled El Hamidi a décidé de porter plainte contre l’Otan trois jours après le bombardement, le jour même où il retrouva le corps de ses enfants dans les décombres. Il réclame des “excuses” de l’Alliance atlantique et des compensations au civil. L’affaire a été confiée à deux avocats, le Français Marcel Ceccaldi et le Belge Ghislain Dubois. Le père d’une des baby-sitters marocaines, Aïcha Chlih, s’est joint à la plainte civile en dommages et intérêts.

Le 22 novembre, une juge du Tribunal de Première instance de Bruxelles se prononcera indirectement sur la recevabilité de la plainte en autorisant, s’il le faut, la désignation de deux experts. Dans cette procédure très embarrassante, les Affaires étrangères belges représentent l’Otan, car elle dispose de l’immunité sur le territoire belge. L’Otan n’intervient directement dans la justice belge qu’en matière commerciale. L’avocat des Affaires étrangères craint que si ce genre de plaintes se multiplie en Belgique, l’Otan déménagera dans un pays où son immunité est garantie.

“Je pourrais devenir un kamikaze et me faire exploser devant Sarkozy”, dit Khaled El Hamidi. ”Pour moi, l’Europe, c’était la patrie des droits de l’homme. Après ce qui m’est arrivé, je hais l’Occident. Mais j’ai foi encore en la justice. Je sais – j’ai visité Bruxelles – que les Belges ont un grand cœur. Je demande à la Belgique d’entendre ma plainte.”

C’est lui-même qui annoncera à “La Libre”, quelques heures après l’interview, qu’une notice rouge d’Interpol a été élaborée sur lui à la demande du nouveau gouvernement libyen. Khaled El Hamidi figure parmi les 57 Libyens recherchés par Tripoli. Il est recherché pour ”des crimes impliquant l’usage d’armes et d’explosifs”.

Selon nos informations, les Libyens lui reprochent d’avoir joué un rôle actif dans une tentative de reprise aux forces du CNT des villes de Zawiya et de Sabrata, à l’ouest du pays.

“Je crois”, dit-il, “qu’ils veulent m’empêcher de me battre sur le plan légal en Belgique. Ils me reprochent d’avoir eu des armes. Mais tout le monde porte des armes en Libye”. On en saura pas plus. Mais une chose est sûre : les cartes ont changé de mains.

La source originale de cet article est La Libre
Copyright © Christophe Lamfalussy, La Libre, 2011
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